Les entreprises américaines et britanniques ont sensiblement renforcé leurs couvertures de change (hedges) au cours du dernier trimestre, alors que la guerre en Iran a provoqué une forte volatilité sur les marchés mondiaux. Cette tendance est mise en évidence par une enquête sectorielle récente, qui reflète la nervosité des trésoriers d'entreprise face aux fluctuations rapides des devises.
Une réponse à la flambée de l'incertitude
L'enquête, réalisée auprès de trésoriers et de directeurs financiers de grandes entreprises aux États-Unis et au Royaume-Uni, montre que la proportion de sociétés ayant augmenté leur couverture de change a bondi au cours des trois derniers mois. Le conflit en Iran, qui a débuté au printemps, a provoqué des mouvements erratiques sur les paires de devises majeures, notamment l'euro, la livre sterling et le yen, face au dollar américain. Les entreprises exposées à des flux internationaux ont cherché à se prémunir contre ces secousses.
L'ampleur du mouvement
Selon les données compilées par l'enquête, le volume des hedges de change mis en place par les entreprises interrogées a augmenté de manière significative par rapport au trimestre précédent. Les secteurs les plus actifs sont ceux du commerce de biens, de l'énergie et de la finance. Plusieurs directeurs financiers ont indiqué avoir doublé, voire triplé leurs positions de couverture pour les échéances à un ou trois mois. « Nous avons activé des lignes de couverture que nous n'avions pas utilisées depuis la crise de 2008 », a confié l'un d'eux, cité dans l'enquête.
Un contexte de guerre et de sanctions
La guerre en Iran a provoqué une flambée des prix du pétrole et une forte hausse de l'aversion au risque. Les investisseurs ont fui les actifs risqués au profit des valeurs refuges, comme le dollar, ce qui a accentué les mouvements de change. Les entreprises qui importent ou exportent des marchandises ont été les premières touchées, mais la volatilité a aussi impacté les services financiers et les technologies. Les entreprises britanniques sont particulièrement exposées en raison de la livre sterling, qui a subi des fluctuations brutales face au dollar.
Conséquences et perspectives
Cette ruée vers les couvertures de change a des implications pour le coût du hedging, qui a augmenté en raison de la demande accrue. Les banques d'investissement ont vu leurs revenus issus des produits dérivés de change bondir. Par ailleurs, les entreprises qui n'ont pas couvert leur exposition pourraient subir des pertes importantes si les devises continuent de fluctuer. Les analystes estiment que le mouvement pourrait se poursuivre tant que le conflit iranien ne montre pas de signes d'apaisement. L'enquête indique que près de 70 % des entreprises interrogées prévoient de maintenir ou d'accroître leur niveau de couverture dans les prochains mois, par crainte d'une escalade du conflit.
Une vigilance accrue des trésoriers
Les trésoriers d'entreprise sont désormais en alerte maximale. Ils surveillent de près les annonces diplomatiques et militaires, tout en ajustant leurs positions au jour le jour. « Le hedging n'est plus une option, c'est une nécessité », résume un participant à l'enquête. La tendance illustre la manière dont une crise géopolitique majeure peut remodeler les stratégies financières des plus grandes entreprises mondiales, les obligeant à se protéger contre des risques qu'elles pensaient avoir maîtrisés.