La ministre islandaise des Affaires étrangères, Þorgerður Katrín Gunnarsdóttir, a exprimé sa crainte que le prochain référendum sur l’adhésion à l’Union européenne ne devienne un « moment Brexit » pour l’Islande. À un peu plus de trois mois du scrutin, elle alerte sur les risques de désinformation, d’ingérence étrangère et d’utilisation de l’intelligence artificielle dans la campagne.
Le référendum, qui portera sur la poursuite ou non des négociations d’adhésion avec l’UE, est suivi de près par Washington, Moscou et Bruxelles, a-t-elle rappelé. Dans un entretien, la ministre a accusé des individus et des groupes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, de recourir à des « discours de peur » et à des arguments « tirés du manuel de Nigel Farage et du parti Reform ». Elle a notamment cité des chiffres contestés sur les contributions financières du Royaume-Uni à l’UE, avancés par les partisans du Brexit, comme exemple de mensonges qui pourraient être reproduits en Islande.
Mise en garde contre l’ingérence russe
Þorgerður Katrín Gunnarsdóttir a également averti que la Russie et d’autres « acteurs cherchant à influencer négativement notre débat public » pourraient cibler le référendum islandais. « Je crains que nous ayons un moment Brexit », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’une telle issue serait « une voie dangereuse » car les partisans du Brexit avaient avancé « toutes sortes de mensonges ». Selon elle, le Brexit devrait plutôt servir « d’exemple de ce qu’il ne faut pas faire dans une campagne ».
La ministre a souligné que la désinformation et l’ingérence étrangère pourraient peser sur le résultat final. Elle n’a pas fourni de détails précis sur les tentatives d’ingérence déjà observées, mais a insisté sur la nécessité de protéger l’intégrité du vote.
Un contexte tendu
L’Islande a déjà entamé des négociations d’adhésion avec l’UE par le passé, avant de les suspendre en 2015. Le nouveau processus, relancé par le gouvernement actuel, divise l’opinion publique. Les opposants à l’adhésion mettent en avant la souveraineté nationale et les intérêts de la pêche, tandis que les partisans soulignent les avantages économiques et la sécurité offerts par l’UE.
La ministre, qui fait partie du camp favorable à la poursuite des négociations, a dénoncé les « tactiques de peur » employées par les adversaires de l’adhésion. Elle a notamment pointé du doigt l’utilisation de l’intelligence artificielle pour générer des contenus trompeurs, sans donner d’exemples concrets.
Un scrutin sous surveillance
À l’approche du référendum, les autorités islandaises renforcent leurs mesures de vigilance face aux risques de manipulation de l’information. La ministre des Affaires étrangères a appelé à une campagne « honnête et transparente », tout en réaffirmant sa confiance dans la capacité des Islandais à faire un choix éclairé.
Le scrutin, dont la date exacte n’a pas été précisée, devrait se tenir avant la fin de l’été. Les résultats seront déterminants pour l’avenir des relations entre l’Islande et l’Union européenne, et pourraient avoir des répercussions géopolitiques dans la région nordique et arctique.