Les policiers turcs ont tiré des gaz lacrymogènes et utilisé des canons à eau, mardi, pour disperser un rassemblement organisé par Özgür Özel, ancien chef du principal parti d’opposition récemment destitué par une décision de justice. La manifestation s’est tenue dans la ville côtière d’Izmir, bastion de l’opposition laïque.
Avant le début du rassemblement, le gouvernorat avait ordonné la fermeture de la place centrale Cumhuriyet. D’importantes forces de police anti-émeute, équipées de camions lance-eau, ont été déployées. Les manifestants, agitant des drapeaux, scandaient « Président Özgür, Turquie libre ! » selon des images diffusées en direct. La manifestation s’est ensuite déplacée vers un lieu proche et s’est poursuivie pacifiquement. Özel s’est adressé à ses partisans depuis un bus.
Cet incident intervient alors que la Turquie s’apprêtait à observer quatre jours de fermeture pour la fête du Sacrifice (Aïd al-Adha). Le rassemblement, prévu en milieu de journée, a été rapidement contenu par les forces de l’ordre.
Contexte de tensions politiques
Cette intervention policière fait suite à l’assaut du siège du Parti républicain du peuple (CHP) à Ankara il y a quelques jours. Des policiers avaient alors fait usage de gaz lacrymogènes pour prendre le contrôle du bâtiment, mettant fin à un face-à-face qui durait depuis plusieurs heures entre les membres du parti et la nouvelle direction nommée par la justice. Des journalistes avaient également été évacués.
Les tensions étaient montées depuis qu’une cour d’appel avait annulé l’élection d’Özgür Özel à la présidence du CHP en 2023, le suspendant ainsi que les membres du comité exécutif. La décision ordonnait qu’il soit remplacé par Kemal Kılıçdaroğlu, son prédécesseur, qui a dirigé le parti pendant treize ans sans jamais remporter d’élection nationale.
Mobilisation maintenue
Özel, âgé de 51 ans, est l’une des rares figures du CHP à avoir échappé à des poursuites judiciaires pouvant déboucher sur une détention. La décision de justice s’inscrit dans une série d’actions visant le parti d’opposition, qui avait pourtant remporté une victoire électorale majeure face au parti au pouvoir du président Recep Tayyip Erdogan lors des élections locales de 2024.
Les manifestations à Izmir montrent le maintien de la mobilisation populaire malgré la répression. Le rassemblement s’est finalement déroulé sans heurts après le déplacement des manifestants, et Özel a pu s’adresser à ses partisans depuis un bus, réaffirmant sa légitimité face aux décisions de justice contestées.