Un nouvel élan pour l’hydrogène « géologique »\nL’hydrogène est considéré depuis des décennies comme un combustible idéal pour décarboner les secteurs où l’électricité ne suffit pas : transports lourds, acier, ciment, chimie. Mais sa production industrielle repose aujourd’hui sur le gaz naturel et génère d’importantes émissions. L’hydrogène « vert », fabriqué par électrolyse de l’eau à partir d’énergies renouvelables, reste coûteux et difficile à déployer à grande échelle.\nUne nouvelle voie suscite pourtant un vif intérêt : l’hydrogène d’origine géologique. Il s’agit de capter l’hydrogène naturellement présent dans le sous-sol, ou de stimuler les réactions chimiques qui l’y produisent. L’Agence américaine d’information sur l’énergie estime que cet hydrogène pourrait être extrait pour moins d’un dollar le kilogramme, soit six fois moins que le coût actuel de l’hydrogène vert.\nDes réserves potentielles colossales\nLongtemps, les géologues pensaient que l’hydrogène naturel, composé de très petites molécules, ne pouvait s’accumuler en poches exploitables. Cette certitude a volé en éclats. En 1987, au Mali, un ouvrier creusant un puits a déclenché une explosion en approchant une cigarette allumée de l’orifice : c’était un réservoir naturel d’hydrogène, aujourd’hui utilisé pour alimenter un village en électricité. Depuis, des études scientifiques ont estimé que les gisements souterrains pourraient couvrir les besoins mondiaux pendant plusieurs siècles.\nUne zone particulièrement prometteuse est le Rift médio-continental nord-américain, une immense formation de basalte riche en fer qui s’étend sur près de 2 000 kilomètres, du Kansas au Michigan. Geoffrey Ellis, géochimiste à l’U.S. Geological Survey, se dit désormais convaincu qu’il existe « beaucoup d’hydrogène là-dessous », même si la question économique reste à résoudre.\nDes start-ups à l’œuvre au Canada et aux États-Unis\nAu Québec, près de Thetford Mines, une région jadis connue pour ses mines d’amiante, la jeune pousse Vema Hydrogen fore deux puits d’essai de 300 mètres de profondeur. Elle y injecte de l’eau traitée dans des roches riches en fer pour déclencher une réaction d’oxydation – la serpentinisation – qui produit de l’hydrogène. « Le potentiel est massif », affirme Pierre Levin, le PDG de Vema. « On trouve ce type de roche partout dans le monde, de quoi produire des milliards de tonnes d’hydrogène. »\nAux États-Unis, une autre start-up, Koloma, a levé 400 millions de dollars auprès d’investisseurs dont Amazon et United Airlines, et fore en Iowa. L’australienne HyTerra prospecte de son côté au Kansas et au Nebraska. Son PDG, Riley Kemp, compare cette course aux premiers temps de l’exploration pétrolière : il faut forer de nombreux puits avant de tomber sur une veine rentable. Les premiers forages montrent la présence d’hydrogène, mais il faut encore vérifier les débits.\nDes défis techniques et économiques encore nombreux\nTous les experts appellent à la prudence. Madeline Schomburg, vice-présidente de l’Energy Futures Initiative, une organisation de recherche, juge cette piste « potentiellement transformatrice », mais souligne que « même si la probabilité de succès est faible, les retombées potentielles sont si élevées qu’elles valent la peine d’être explorées ». Les obstacles techniques sont réels : il faut localiser les réservoirs, maîtriser les réactions chimiques, et garantir un débit industriel. Sans compter que le cadre réglementaire est encore embryonnaire dans la plupart des États.\nConclusion\nLa quête d’hydrogène géologique s’accélère aux côtés des efforts sur l’hydrogène vert, portée par l’espoir d’une énergie propre, abondante et bon marché. Les forages en cours au Canada et aux États-Unis fourniront dans les prochains mois des premières données concrètes. Si la promesse se concrétisait, elle pourrait changer la donne pour la transition énergétique mondiale.
La quête d’hydrogène propre s’enfonce sous terre
Percer les secrets de l’hydrogène géologique pourrait fournir une énergie propre abondante à bas coût. Plusieurs start-ups forent déjà le sous-sol nord-américain pour y puiser ou y provoquer cette ressource.
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