Le gouvernement canadien a officialisé le choix d’un constructeur suédois pour équiper son armée de l’air d’avions de surveillance, rejetant ainsi des offres américaines. Le premier ministre Mark Carney a annoncé mercredi 27 mai 2026 que l’Aviation royale canadienne achètera une flotte d’appareils GlobalEye du groupe Saab, un choix qui s’inscrit dans la volonté affichée d’Ottawa de réduire sa dépendance militaire envers les États-Unis.

Un geste politique fort

Lors d’un discours devant des partisans libéraux à Montréal le mois dernier, M. Carney avait résumé sa position en déclarant : « Les jours où notre armée envoyait 70 cents de chaque dollar aux États-Unis sont révolus. » Cette phrase résume une inflexion stratégique notable pour le Canada, traditionnellement très lié à l’industrie de défense américaine.

L’an dernier, le premier ministre avait déjà rompu avec plusieurs décennies de sous-investissement en relevant les dépenses militaires canadiennes au-dessus du seuil de 2 % du produit intérieur brut exigé par l’OTAN, un objectif que le pays peinait à atteindre depuis longtemps.

Le GlobalEye, un appareil aux racines canadiennes

Le GlobalEye de Saab est un avion de surveillance et de contrôle aérien dérivé du Global 6500, un biréacteur d’affaires fabriqué par le constructeur québécois Bombardier. Cette particularité technique a probablement joué en faveur de l’offre suédoise, Ottawa cherchant à favoriser les retombées industrielles locales.

Selon le gouvernement, l’appareil a été retenu face à deux modèles concurrents américains, dont un proposé par Boeing. Ce choix intervient alors que le Canada est également en pleine réflexion sur l’avenir de son programme de chasseurs. Le pays a déjà commandé un premier lot de 16 F-35 américains, mais examine la possibilité de se tourner vers le Gripen, également produit par Saab, pour la suite de ses acquisitions.

Une promesse de production locale

Lors d’une conférence de presse consécutive à l’annonce, Mark Carney a précisé que les décisions concernant les avions de surveillance et les chasseurs étaient indépendantes l’une de l’autre. Cependant, la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a publiquement plaidé pour une augmentation de la part de la fabrication au Canada. Saab s’est engagé à assembler son chasseur Gripen sur le sol canadien et a évoqué la possibilité que cette usine serve aussi à produire des appareils destinés à d’autres pays.

Un contexte de tensions commerciales

Cette décision s’inscrit dans un climat de refroidissement des relations commerciales et stratégiques entre le Canada et son voisin américain. Le premier ministre Carney a multiplié les déclarations ces derniers mois pour affirmer sa détermination à diversifier les partenaires du Canada en matière de défense. Le choix de Saab constitue la concrétisation la plus spectaculaire de cette orientation depuis son arrivée au pouvoir.

En tournant le dos aux fournisseurs américains pour cet équipement majeur, le Canada envoie un signal clair à Washington et à ses alliés sur sa volonté de renforcer sa souveraineté militaire, tout en cherchant à maximiser les retombées économiques pour son industrie nationale.