La tentative de prise de contrôle partielle d’Universal Music Group (UMG) par le fonds Pershing Square a été repoussée par le conseil d’administration de la major musicale. Vendredi 29 mai, la société a officialisé son rejet de la proposition non engageante formulée début avril par le véhicule d’investissement dirigé par le financier Bill Ackman, selon un communiqué diffusé à l’issue des délibérations.
Le montage imaginé par Pershing Square prévoyait la fusion d’UMG avec une structure ad hoc nommée Pershing Square SPARC, destinée à être cotée à la Bourse de New York. Les actionnaires d’Universal Music se seraient vu offrir soit une combinaison de titres de cette nouvelle entité et d’espèces, soit 22 dollars par action en numéraire. Dans les deux cas, Pershing Square serait demeuré un actionnaire minoritaire, avec une part maximale légèrement inférieure à 30 % du capital.
L’offre valorisait le géant de l’industrie musicale – propriétaire des catalogues de Taylor Swift, The Weeknd ou Lady Gaga – jusqu’à 55 milliards d’euros. Bill Ackman estimait que cette opération permettrait de résoudre plusieurs problèmes structurels pesant sur UMG, notamment la stagnation du cours de l’action depuis son sommet de l’année précédente, l’incertitude liée à la participation de 18 % détenue par le groupe Bolloré (premier actionnaire), et une sous-utilisation perçue des ressources financières de la société.
La position de la famille Bolloré
Dès mercredi, le PDG du groupe Bolloré, Cyrille Bolloré, avait exprimé publiquement son opposition au projet devant les actionnaires de sa propre société. « Je pense que cette offre n’est pas bénéfique et n’a rien de formidable pour la société. Et j’encourage le management d’Universal Music à la rejeter », avait-il déclaré. Il avait ajouté : « On n’y croit pas. Je ne sais pas si lui-même y croit », en référence à Bill Ackman, tout en précisant avoir consulté les investisseurs pour ne pas « juste dire 'c’est nul' ».
Selon le dirigeant, Universal Music représente « sûrement une des meilleures actions ou des meilleures sociétés que le groupe a détenues historiquement », capable de protéger le portefeuille « dans les crises économiques qui peuvent arriver » et dotée d’« une capacité de développement extrêmement importante ». Il a estimé qu’avec un cours de 27-28 euros, une cession partielle (quelques pourcentages) pourrait être envisageable, mais que l’offre à 22 euros par action était insuffisante. Il a également souligné que Pershing Square ne proposait pas « une offre avec leur argent », mais recourait essentiellement à l’endettement d’UMG, tout en réclamant le contrôle effectif de la société, ce que le groupe Bolloré juge inacceptable. Enfin, Cyrille Bolloré a mis en doute la compatibilité de Bill Ackman avec la direction actuelle d’Universal Music.
Une issue prévisible
Pershing Square avait reconnu en avril que la transaction ne pourrait aboutir sans le soutien de la famille Bolloré. « Sans Bolloré, nous n’avons pas de transaction », avait alors expliqué Bill Ackman aux analystes. Le conseil d’administration d’UMG s’est donc rangé à l’avis de son principal actionnaire, décidé à conserver la main sur la major de la musique.
Rappelons que Pershing Square avait déjà été actionnaire d’Universal Music Group à hauteur de 10 % après la vente effectuée par Vivendi en août 2021. Depuis, la part du fonds américain s’est réduite à environ 4,7 %, selon le dernier rapport annuel.
Le rejet de cette offre marque un revers pour Bill Ackman, qui cherchait à dynamiser le titre d’UMG et à modifier la gouvernance du groupe. La famille Bolloré reste ainsi l’acteur dominant d’Universal Music, un actif jugé stratégique pour sa capacité à traverser les crises économiques.