Le constructeur automobile Ferrari a dévoilé son premier véhicule électrique, le Luce, un SUV conçu par l'agence LoveFrom de Jony Ive, l'ancien designer vedette d'Apple. Présenté comme une rupture esthétique et technologique, le modèle suscite une polémique inattendue, provoquant une chute de 8 % de l'action Ferrari à la Bourse de Milan et de 5,1 % à New York, effaçant plusieurs milliards de dollars de valorisation.

Un lancement sous le signe de la controverse

La présentation du Luce, un véhicule de 1 000 chevaux capable d'atteindre 100 km/h en 2,5 secondes, s'est accompagnée d'une opération de communication inédite : le président de Ferrari, John Elkann, a conduit des dirigeants de la marque chez le pape Léon XIV, dans une localité située à une quinzaine de kilomètres au sud-est de Rome. Le souverain pontife a pris place au volant tandis que le pilote d'essai Raffaele De Simone lui expliquait les commandes et les modes de conduite. Cette initiative, censée apporter une caution morale, n'a pas suffi à calmer les critiques.

La colère des fidèles et des anciens dirigeants

L'ancien président de Ferrari, Luca di Montezemolo (jusqu'en 2014), a exprimé publiquement son indignation dans une vidéo. « Nous risquons la destruction d'une légende », a-t-il déclaré. « J'espère juste que quelqu'un enlèvera le cheval cabré de cette voiture. C'est certainement une machine que les Chinois ne copieront pas – ils n'en auront pas besoin. »

Dans les heures qui ont suivi la présentation, les passionnés ont inondé les réseaux sociaux de mèmes et d'images générées par intelligence artificielle, détournant le Luce en jouet Fisher-Price ou en souris d'ordinateur géante d'Apple, retournée avec un câble USB branché sous sa carrosserie. Des commentateurs automobiles et des vidéastes YouTube, d'abord prudents, se sont joints au chœur des critiques.

Un design qui divise les experts

Dale Harrow, directeur du centre de design en mobilité intelligente du Royal College of Art de Londres, défend pourtant une lecture plus nuancée. « Je vois les détracteurs dire que c'est la fin de Ferrari. Je n'en suis pas si sûr », explique-t-il. « C'est très différent du chemin évolutif que Ferrari a suivi, mais c'est moins émotionnel, plus réfléchi, et cela s'adresse à un public et à un propriétaire différents. »

Harrow compare le Luce aux premiers projets de Marc Newson, cofondateur de LoveFrom, comme la Ford 021C (qui avait été critiquée à sa présentation et est aujourd'hui mieux considérée) ou le jet Kelvin40. Il y voit « une clarté du concept, des proportions et des surfaces épurées, et une utilisation de graphismes contrastés et de lignes de jointure ». Il concède toutefois que la taille de la batterie – l'une des plus grandes jamais installées sur un véhicule électrique de série – donne au Luce « des proportions disgracieuses qui rendent très difficile la création d'une belle voiture ». L'autonomie annoncée est de 529 kilomètres (329 miles).

Un son artificiel façon « instrument de musique »

Le Luce est également équipé d'un accéléromètre sur l'essieu arrière qui, tel un micro de guitare, génère un son dans l'habitacle conçu comme un « instrument ». Cette innovation technologique n'a pas convaincu les puristes, attachés au rugissement des moteurs thermiques.

Un prix record et une nouvelle clientèle ciblée

Avec un prix de 640 000 dollars (environ 590 000 euros), le Luce vise une clientèle fortunée, potentiellement différente des acquéreurs historiques. « Cela n'est peut-être pas ce que tout le monde attend de Ferrari, mais sa clarté et sa confiance montrent une direction supplémentaire pour la marque », estime Dale Harrow, qui se dit impatient de voir le véhicule en vrai. Le design du Luce a été entièrement confié à LoveFrom, l'agence fondée par Jony Ive après son départ d'Apple en 2019, plutôt qu'au studio interne de Ferrari, une première qui a notamment suscité l'inquiétude des investisseurs.

Conclusion

Alors que Ferrari espérait un accueil enthousiaste pour son premier SUV électrique, le Luce cristallise les tensions entre tradition et modernité. Reste à savoir si les ventes – et le temps – donneront raison à la stratégie de la marque italienne ou aux critiques qui y voient une rupture avec l'héritage du cheval cabré.