Le nombre de naissances en Angleterre et au Pays de Galles est tombé l’an dernier à son niveau le plus bas depuis 1977, selon les données officielles publiées mardi. Cette baisse rapproche le Royaume-Uni d’un seuil démographique critique au-delà duquel la population non immigrée commencerait à se contracter.
En 2024, 605 479 naissances vivantes ont été enregistrées, contre 613 936 en 2023, soit une diminution de 1,4 %. Le taux de fécondité a atteint 1,44 enfant par femme, un niveau historiquement bas, bien en dessous du taux de renouvellement de 2,1 nécessaire pour maintenir la population sans apport migratoire.
Un déclin accéléré par la pandémie et les incertitudes économiques
Plusieurs facteurs expliquent cette tendance. Les répercussions de la pandémie de Covid-19, les difficultés d’accès au logement, la hausse du coût de la vie, le recul de l’âge maternel moyen et les incertitudes économiques générales pèsent sur les décisions de procréation. Les données montrent que le taux de fécondité baisse dans toutes les tranches d’âge, y compris chez les femmes de plus de 30 ans, qui avaient auparavant connu une légère hausse.
La baisse est particulièrement marquée chez les femmes de moins de 20 ans, dont le taux a chuté de près de 70 % depuis 2004. Parallèlement, l’âge moyen des mères a continué d’augmenter, atteignant 31,2 ans en 2024, contre 30,9 ans en 2023.
Les naissances hors mariage désormais majoritaires
Autre fait saillant : pour la première fois, plus de la moitié des naissances (50,4 %) ont eu lieu hors mariage ou hors union civile, contre 48,9 % en 2023. Cette proportion atteint même 73 % chez les mères de moins de 20 ans. L’âge moyen au premier mariage a également augmenté, passant de 31,8 ans en 2014 à 33,9 ans en 2024 pour les hommes, et de 29,8 à 32,5 ans pour les femmes.
Comparaisons avec l’Écosse et l’Irlande du Nord
En Écosse, le nombre de naissances a également reculé, passant de 45 935 en 2023 à 44 887 en 2024. Le taux de fécondité écossais est désormais de 1,3 enfant par femme. En Irlande du Nord, le nombre de naissances est tombé de 20 726 à 20 073 sur la même période, soit le plus faible total jamais enregistré.
Des conséquences économiques et sociales majeures
L’Office for National Statistics (ONS) souligne qu’une fécondité aussi basse a des implications profondes : réduction de la population en âge de travailler, augmentation des dépenses de retraite et de santé, et transformations de la structure des ménages. Le nombre moyen d’enfants par femme est passé de 2,0 en 2010 à 1,44 en 2024. Sans migration nette, la population d’Angleterre et du Pays de Galles finirait par diminuer.
Le gouvernement britannique a récemment présenté un plan de soutien à la natalité incluant des mesures comme l’extension du congé parental et l’augmentation des aides à la garde d’enfants. Mais les experts estiment que ces politiques ont un effet limité et que des facteurs structurels plus larges, comme le coût du logement et l’insécurité de l’emploi, doivent être abordés pour inverser la tendance.