Le nouveau Premier ministre hongrois, Peter Magyar, a effectué mardi 19 mai 2026 sa première visite officielle à l'étranger, se rendant en Pologne, « nos alliés naturels », selon ses propres mots. Arrivé au pouvoir après la victoire de son parti centriste Tisza aux élections législatives du 12 avril, il était accompagné de sept ministres pour un déplacement symbolique à Cracovie, Varsovie et Gdansk. Il doit y rencontrer le Premier ministre polonais Donald Tusk, le président Karol Nawrocki ainsi que l'ancien président Lech Walesa.

Des relations gravement détériorées

Les liens entre Budapest et Varsovie, historiquement étroits, se sont fortement dégradés sous la dernière législature. Alors que les gouvernements nationalistes du PiS en Pologne (2015-2023) et du Fidesz en Hongrie (2010-2026) formaient une alliance illibérale au sein de l'Union européenne, les positions pro-russes de Viktor Orban, Premier ministre hongrois sortant, ont créé des tensions. Depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Tusk fin 2023, les relations sont devenues franchement hostiles. M. Tusk avait déclaré en octobre 2025 que tout désaccord était total sur chaque sujet, accusant son homologue hongrois de s'opposer aux normes démocratiques et à la transparence judiciaire.

Le point de rupture est survenu lorsque la Hongrie a accordé l'asile politique à l'ancien ministre polonais de la Justice Zbigniew Ziobro et à son adjoint Marcin Romanowski, tous deux visés par une enquête pour corruption à Varsovie après l'alternance politique.

Un geste fort pour restaurer la confiance

« C'est symbolique », a commenté Marcin Bosacki, secrétaire d'État au ministère polonais des Affaires étrangères, soulignant que le geste du nouveau gouvernement hongrois montrait l'importance accordée à l'amitié avec la Pologne. Edit Zgut-Przybylska, sociologue à l'Académie polonaise des sciences et à l'Institut CEU pour la démocratie de Budapest, estime que « la confiance détruite par les politiques pro-russes et extrêmement antieuropéennes de l'ancien gouvernement hongrois doit être restaurée ». Elle juge les attentes élevées des deux côtés.

Un signal pour l'avenir européen

Ce voyage s'inscrit dans la stratégie de Peter Magyar de ramener la Hongrie vers une ligne pro-européenne, après seize années de gouvernance Orban. En rejoignant les rangs des capitales atlantistes et favorables à l'État de droit, le nouveau Premier ministre envoie un message fort à Bruxelles. Peu après l'élection, Donald Tusk avait salué sur X le retour de la Hongrie en Europe, se disant « encore plus heureux que vous » au téléphone avec le vainqueur du scrutin. La visite de Magyar pourrait permettre de débloquer des dossiers gelés entre Budapest et les institutions européennes, tout en renforçant la coopération régionale avec la Pologne, notamment sur la sécurité et l'énergie.