Le peintre Nabil Nahas, figure majeure de l’abstraction contemporaine d’origine libanaise, prolonge actuellement son exploration des formes cosmiques entre Beyrouth et Venise. À travers une série d’œuvres récentes, l’artiste tisse un lien visuel entre les cieux et l’eau, fusionnant les motifs de spirales qui lui sont chers avec la lumière et l’atmosphère de la cité des Doges.

Né à Beyrouth en 1949, Nahas a longtemps partagé sa vie entre les États-Unis et le Liban. Son travail, marqué par une intense couleur et une gestuelle répétitive, trouve un écho particulier dans le cadre vénitien, où les reflets des canaux et les mosaïques byzantines dialoguent avec ses toiles monumentales. L’artiste utilise des techniques mixtes – peinture acrylique, pigments, parfois des éléments de collage – pour créer des surfaces où la spirale devient un motif quasi hypnotique, évoquant à la fois les galaxies et les coquillages.

Un pont entre deux mondes

L’exposition, qui se déroule dans un palais historique de Venise, met en lumière la capacité de Nahas à faire coexister l’héritage de l’art islamique – notamment le recours aux arabesques et à l’ornementation – avec le vocabulaire de l’expressionnisme abstrait occidental. Le critique d’art qui a présenté l’exposition souligne que « les spirales de Nahas ne sont pas de simples ornements ; elles sont le signe d’une énergie vitale, d’un mouvement perpétuel qui relie le microcosme au macrocosme ».

Les œuvres exposées comprennent à la fois des toiles de grand format et des pièces plus intimes, toutes traversées par cette tension entre l’ordre et le chaos, le centre et la périphérie. Plusieurs tableaux récents prennent pour point de départ les paysages urbains de Beyrouth, que l’artiste transforme en vortex colorés. D’autres s’inspirent directement de Venise, avec des nuances d’eau verte et de pierre dorée.

Un dialogue avec la Biennale

La présentation coïncide avec la période de la Biennale de Venise, bien que l’exposition de Nahas ne fasse pas officiellement partie du programme principal de la manifestation. Elle s’inscrit néanmoins dans le foisonnement d’événements culturels qui animent la ville durant ces semaines. L’artiste, qui a représenté le Liban lors de précédentes éditions, confirme ainsi son ancrage dans le paysage artistique international.

Nabil Nahas est régulièrement présenté dans des institutions du monde arabe et d’Europe. Son travail fait partie de collections publiques importantes, notamment au Liban, en France et aux États-Unis. L’exposition vénitienne constitue une étape supplémentaire dans un parcours qui, depuis les années 1980, n’a cessé d’interroger les limites de l’abstraction et de la figuration.

L’empreinte de Beyrouth

Les critiques ont noté que les récentes œuvres de Nahas portent la marque des transformations de Beyrouth, ville meurtrie par l’explosion du port en 2020 et par les crises économiques successives. « Peindre des spirales, c’est peut-être une façon de recréer du lien, de dessiner un mouvement qui échappe à l’effondrement », avance un observateur. Les toiles récentes oscillent entre des tons sombres, presque funèbres, et des éclats de couleurs vives, comme une volonté de renaissance.

L’exposition est ouverte au public jusqu’à la fin du mois de novembre. Elle offre aux visiteurs une immersion dans l’univers d’un artiste qui n’a cessé de transformer ses blessures personnelles et collectives en une célébration de la couleur et du mouvement. Nabil Nahas, en étendant ses spirales de Beyrouth à Venise, propose une cartographie émotionnelle de la Méditerranée, entre douleur et beauté.