Le piton de la Fournaise, volcan emblématique de La Réunion, subit les conséquences d'un surtourisme croissant. Avec près de 350 000 visiteurs par an au seul point de vue panoramique du pas de Bellecombe-Jacob, le site le plus fréquenté de l'île est aujourd'hui confronté à des dégradations environnementales préoccupantes, exacerbées par les deux éruptions survenues en début d'année.

Déchets et rongeurs prolifèrent Du parking jusqu'au début du sentier menant au volcan, verre, aluminium, plastique, mégots et mouchoirs jonchent le chemin. Si les visiteurs pensent que les déchets organiques — fruits, peaux de banane — se biodégradent rapidement, la réalité est autre. « À l'altitude, la décomposition est ralentie », explique la chargée de mission Fréquentation durable au Parc national de La Réunion, Lorraine Masini-Condon. Avant qu'un déchet ne disparaisse, les rongeurs ont eu le temps de s'en nourrir. La prolifération des rats perturbe l'équilibre écologique : ils prédatent les juvéniles de geckos, les œufs d'oiseaux et leurs poussins.

Espèces exotiques envahissantes La surfréquentation favorise également l'introduction d'espèces exotiques envahissantes, considérées comme « la plus grande menace pour la biodiversité » par le Parc national. Transportées sous les semelles ou collées aux vêtements, leurs graines se propagent facilement. « La pratique du hors sentier, plus élevée au volcan qu'ailleurs, engendre des risques d'introduire davantage d'espèces exotiques envahissantes dans le milieu », souligne Lorraine Masini-Condon. Lors des éruptions, l'affluence accroît encore ce danger.

Des spectateurs nombreux, des comportements à risque L'éruption la plus récente, achevée mi-avril, a duré deux mois. La lave, visible depuis la « route des laves » qui longe le flanc sud-est du volcan, a attiré une foule quotidienne. Certains spectateurs restent sur la route, d'autres s'approchent des coulées en bravant les interdits. « Nous, avant, quand on était petit, on jouait dans la lave », raconte Didier Permalnaïck, un enseignant venu avec sa famille pour la réouverture de l'enclos. Si l'encadrement est de plus en plus restrictif sur le papier, les autorités ne verbalisent pas les personnes qui contournent les barrières.

Hélicoptères touristiques et drones Au-delà des piétons, les hélicoptères touristiques et les drones survolent régulièrement le site, ajoutant une pression supplémentaire sur la faune et la flore. Leur présence, combinée à l'afflux humain, fragilise davantage un écosystème déjà vulnérable.

Un patrimoine naturel à préserver Le piton de la Fournaise fait partie de l'identité réunionnaise. « Les anciens avaient peur du volcan, il y avait des légendes. Aujourd'hui, les Réunionnais n'en ont plus peur. Quand il y a une éruption, c'est cool », témoigne Didier Permalnaïck. Il ajoute : « Ce qui est important maintenant, c'est d'emmener nos enfants, pour leur montrer et les sensibiliser au patrimoine naturel. » Mais entre la volonté de transmission et les dégradations constatées, l'équilibre semble de plus en plus difficile à tenir. Le Parc national de La Réunion surveille de près la situation, mais les mesures de restriction peinent à être appliquées sur le terrain, face à une affluence qui ne cesse de croître.