Alors que les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne restent marquées par le Brexit, un mouvement inattendu est en train de se dessiner. La France, longtemps réticente à accorder des avantages industriels à Londres, a opéré un revirement significatif. Selon des sources concordantes, Paris pousse désormais activement pour que le Royaume-Uni soit inclus dans le futur dispositif d’aides européennes réservé à la filière automobile électrique, un programme baptisé « made in Europe ».
Un changement de cap français
Jusqu’à présent, la position française était claire : elle considérait que les entreprises britanniques, ayant quitté l’Union, ne devaient pas bénéficier des mêmes soutiens publics que les industriels européens. Mais ce calcul a évolué. Les autorités françaises estiment désormais qu’exclure le Royaume-Uni affaiblirait l’ensemble de la chaîne de valeur automobile européenne, alors que les constructeurs britanniques et européens partagent des fournisseurs et des technologies communes.
Le revirement intervient dans un contexte de compétition mondiale intense avec la Chine et les États-Unis, qui offrent des subventions massives à leurs industries automobiles. Pour l’exécutif français, intégrer Londres dans le « made in Europe » permettrait de consolider une filière d’approvisionnement et de production suffisamment robuste pour faire face à ces géants.
Qu’est-ce que le « made in Europe » ?
Ce programme, encore en phase de définition par la Commission européenne, vise à conditionner les aides publiques à un pourcentage minimum de composants fabriqués au sein de l’Union. L’objectif est d’éviter que l’argent des contribuables européens ne finance des chaînes de valeur dominées par des acteurs extra-européens, notamment chinois. En incluant le Royaume-Uni, la France propose d’élargir le périmètre géographique de ces exigences, reconnaissant de fait l’intégration économique persistante entre les deux rives de la Manche.
Des implications économiques et politiques
Si cette proposition aboutit, elle marquerait une inflexion majeure dans la relation post-Brexit. Le Royaume-Uni, sans être membre de l’Union, pourrait être traité comme un partenaire industriel privilégié dans le secteur automobile. Cela pourrait également ouvrir la voie à d’autres coopérations sectorielles, même si les accords de commerce et de coopération actuels ne prévoient pas ce type d’intégration.
Les industriels britanniques, qui redoutaient une exclusion dommageable, ont accueilli favorablement cette évolution. Plusieurs constructeurs et équipementiers basés au Royaume-Uni, dont certains sont des filiales de groupes européens, verraient d’un bon œil l’accès à des aides qui pourraient alléger le coût de la transition vers l’électrique.
Cependant, cette volte-face française n’est pas sans susciter des interrogations au sein même de l’Union. Certains États membres, en particulier ceux qui entretiennent une relation plus distante avec Londres, pourraient s’opposer à ce qu’ils percevraient comme un « passe-droit » accordé à un pays tiers. La discussion s’annonce serrée lors des prochaines négociations sur le budget européen et les règles encadrant les aides d’État.
Une fenêtre diplomatique
Pour le gouvernement français, ce changement de position relève aussi d’un calcul diplomatique. En se faisant le champion de l’inclusion britannique, Paris espère renforcer son influence à la fois à Londres et à Bruxelles, et peser sur la redéfinition des règles industrielles européennes. Le sujet devrait être abordé lors des prochains sommets bilatéraux et des réunions du Conseil européen.
Reste à savoir si ce geste sera suffisant pour apaiser les tensions commerciales persistantes entre le Royaume-Uni et l’Union, notamment sur les questions de pêche et de régulation financière. L’automobile pourrait toutefois servir de test pour une nouvelle forme de partenariat, pragmatique et sectoriel, entre le continent et l’île.