La Paz, Bolivie — Le président bolivien Rodrigo Paz a prévenu ce mercredi 27 mai 2026 que « le temps presse » face à un mouvement de protestation qui paralyse le pays depuis plusieurs semaines. Alors que le chef de l’État a obtenu les prérogatives nécessaires pour décréter un état d’urgence, les manifestants, portés par un mécontentement économique et politique profond, n’ont pas fléchi.
Un ultimatum présidentiel « Le temps presse », a déclaré le président Paz, s’adressant directement aux contestataires dans une allocution diffusée depuis le palais présidentiel. Le dirigeant a rappelé qu’il dispose désormais des pleins pouvoirs constitutionnels pour imposer un état d’urgence, une mesure qui pourrait restreindre les libertés publiques et permettre le déploiement de l’armée dans les zones de tension. Cette annonce intervient après des semaines de blocages routiers, de grèves et de rassemblements qui ont entravé l’approvisionnement en carburant et en denrées de première nécessité dans plusieurs régions du pays.
Les causes de la colère Les sources concordent pour décrire une crise aux racines multiples. Sur le plan économique, la Bolivie fait face à une inflation galopante, à une pénurie de dollars et à une chute des réserves de change. Le gouvernement de Luis Arce – prédécesseur de Rodrigo Paz – avait déjà été fragilisé par ces tensions, mais le mouvement actuel semble d’une ampleur inédite. Les syndicats, les organisations paysannes et les commerçants dénoncent une politique économique qui aurait appauvri la classe moyenne et les plus vulnérables. La décision controversée d’augmenter le prix des carburants, prise en début d’année, a agi comme un détonateur.
Sur le plan politique, les protestataires réclament des élections anticipées et la démission de plusieurs hauts responsables accusés de corruption et d’incompétence. Le gouvernement Paz, au pouvoir depuis moins d’un an, peine à imposer son autorité face à une opposition désormais unie dans la rue.
Un pays sous tension Les manifestations se sont intensifiées ces dernières semaines. À La Paz, la capitale administrative, et à El Alto, bastion populaire, les affrontements entre forces de l’ordre et manifestants ont fait plusieurs blessés. Les routes reliant l’est agricole – principal grenier à blé du pays – à l’ouest sont coupées, menaçant l’approvisionnement des marchés urbains. Les hôpitaux signalent des difficultés d’accès aux médicaments et au matériel médical.
Les organisations de défense des droits humains ont exhorté le gouvernement à privilégier le dialogue et à ne pas recourir à la force excessive. La communauté internationale suit la situation avec inquiétude. Plusieurs pays voisins, dont le Pérou et le Chili, ont renforcé leur vigilance frontalière face aux risques de débordement.
Vers un état d’urgence ? Le recours à l’état d’urgence est une option que l’exécutif bolivien n’a pas encore activée, mais qu’il brandit comme une menace crédible. Une telle décision suspendrait certaines garanties constitutionnelles et permettrait le couvre-feu, l’interdiction des rassemblements et la censure préalable des médias. Dans l’histoire récente de la Bolivie, cette mesure a souvent été utilisée, mais rarement sans provoquer une escalade de la violence.
Les syndicats et les organisations populaires, de leur côté, ont annoncé qu’ils maintiendraient la mobilisation « jusqu’à ce que le gouvernement accepte de négocier sérieusement ». Le mot d’ordre est désormais « La Paz (ville) doit écouter El Alto ».
Quelle issue ? Le temps joue contre le président Paz : si la crise s’enlise, l’économie bolivienne, déjà fragile, pourrait s’effondrer. Le Fonds monétaire international a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour le pays, et les agences de notation menacent de dégrader la note souveraine. Mais les protestataires, eux, estiment que le gouvernement n’a plus de légitimité pour gérer la sortie de crise.
Le prochain rendez-vous crucial aura lieu dans les prochains jours, lorsque le Parlement bolivien examinera la demande du président de prolonger l’état d’urgence pour une durée de trente jours. L’opposition parlementaire, divisée, pourrait faire pencher la balance.