Un scrutin politique inattendu
Du 22 au 27 mai par Internet et les 30 et 31 mai en urnes, près de 1,8 million d'électeurs français installés à l'étranger sont invités à élire leurs représentants au sein des conseils consulaires. Ces élections, organisées dans 130 circonscriptions à travers le monde, doivent désigner 433 conseillers et 77 délégués pour un mandat de six ans. Ces élus locaux sont notamment chargés de se prononcer sur les demandes de bourses scolaires, les subventions aux associations et, surtout, d'élire les 12 sénateurs des Français de l'étranger, dont la moitié seront renouvelés lors des élections sénatoriales de septembre.
Instaurées en 2014, ces élections locales passent habituellement inaperçues et souffrent d'un fort abstentionnisme : la participation n'avait atteint qu'à peine 15 % lors du dernier scrutin en 2021. Mais cette année, la donne change. Plusieurs candidats déclarés ou potentiels à la présidentielle de 2027 multiplient les vidéos et les déplacements pour s'adresser directement à cette diaspora, faisant de ce scrutin un enjeu politique inédit.
Une mobilisation tous azimuts
Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national, a salué une première : pour la première fois, son parti a constitué plus de 25 listes présentes sur les cinq continents. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, elle s'adresse à ses « chers compatriotes » et évoque bien au-delà des questions consulaires : « Vous souhaiterez certainement ne pas retrouver un pays défiguré par l'insécurité, un pays où notre système de santé ou d'éducation sera profondément affaibli, un pays dans la fragilité budgétaire. »
De son côté, Édouard Philippe, ancien Premier ministre et candidat à la présidentielle, vante dans une vidéo « les Français de l'étranger qui apportent beaucoup de choses à la France par leur activité professionnelle, par le rayonnement qu'ils permettent à la France d'avoir partout dans le monde ». Il conclut son message par un « à bientôt », laissant entendre un rendez-vous électoral à venir.
Bernard Cazeneuve, qui songe fortement à se présenter, y va lui aussi de son message vidéo : « Vous êtes trop souvent laissés pour compte dans les politiques publiques nationales. Je compte sur vous, mobilisez-vous. »
Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, a écrit sur ses comptes : « Françaises et Français de l'étranger, votez insoumis partout dans le monde ! » Son coordinateur national, Manuel Bompard, s'est même déplacé à Londres pour tenir une réunion électorale.
Les écologistes aussi sur le terrain
Marine Tondelier, candidate écologiste, s'est rendue ces dernières semaines à Londres, Bruxelles et Madrid. Selon son entourage, « tout échange avec les Français permet évidemment de se faire connaître ». Ces déplacements sont présentés comme « l'occasion de faire coup double : elle participe à des réunions publiques pour soutenir nos candidats, mais elle soigne aussi sa stature internationale avec un certain nombre de rendez-vous diplomatiques ».
Un scrutin qui dépasse les enjeux consulaires
Si les élections consulaires portent officiellement sur des sujets locaux – bourses scolaires, subventions, protection sociale des expatriés –, les interventions des présidentiables montrent qu'elles sont désormais perçues comme une tribune pour la campagne présidentielle. Les candidats courtisent un électorat souvent considéré comme plus modéré et plus internationalisé, mais aussi traditionnellement peu mobilisé.
L'enjeu est également stratégique pour les sénatoriales à venir : les conseillers consulaires éliront en septembre la moitié des sénateurs représentant les Français de l'étranger, un scrutin qui pourrait peser sur la majorité au Sénat.