Les électeurs de la République de Chypre sont appelés aux urnes ce dimanche pour des élections législatives qui s’annoncent comme l’un des scrutins les plus marquants depuis plusieurs décennies. Bien que le Parlement dispose de pouvoirs limités dans le système présidentiel chypriote, l’issue du vote devrait transformer en profondeur le paysage politique du pays.
Selon les derniers sondages d’opinion, la tendance est à un affaiblissement des deux partis qui dominent la vie politique chypriote depuis des décennies : le Rassemblement démocratique (DISY), conservateur, et le Parti progressiste des travailleurs (AKEL), à gauche. Les instituts de sondage prévoient que chacun d’eux obtiendrait environ 20 % des suffrages, un score historiquement bas pour ces formations. En parallèle, les forces centristes traditionnelles sont en plein déclin, tandis que de nouveaux mouvements anti-establishment gagnent du terrain.
Le duel DISY-AKEL en perte de vitesse
Pour le DISY, ce scrutin constitue un test majeur après la perte de la présidence en 2023 et les tensions internes qui ont suivi l’élection de Nikos Christodoulides – ancien membre du parti – en tant que candidat indépendant. De son côté, l’AKEL espère remporter pour la première fois depuis 2006 une élection législative en capitalisant sur la dynamique politique qu’il a construite ces dernières années.
Cependant, même si ces deux poids lourds restent en tête, ils ne devraient pas retrouver les scores élevés qu’ils obtenaient par le passé. Les analystes attribuent cette érosion à une série de scandales de corruption, à une frustration croissante de la population et à une baisse de confiance dans l’establishment politique. Le modèle bipartite qui a longtemps structuré la vie politique chypriote semble s’effriter.
L’extrême droite en position de troisième force
L’un des enseignements les plus notables des sondages est la percée attendue du Front populaire national (ELAM), formation d’extrême droite. Les enquêtes d’opinion lui prédisent environ 10 % des voix, ce qui en ferait la troisième force politique du pays. L’ELAM est entré pour la première fois au Parlement en 2016, à une époque où il était largement perçu comme aligné sur le parti néonazi grec Aube dorée, aujourd’hui dissous.
Une décennie plus tard, et après la condamnation des dirigeants de l’Aube dorée par la justice grecque, l’ELAM a non seulement triplé son poids électoral mais s’est également imposé comme un acteur politique normalisé. Les analystes expliquent cette transformation par une stratégie délibérée de repositionnement et le recrutement de figures issues de divers horizons politiques. Le parti utilise le slogan « Chypre d’abord » et se présente comme un défenseur de l’identité nationale.
Quelles conséquences pour l’avenir ?
Bien que le scrutin législatif n’ait pas d’influence directe sur la composition du gouvernement – le président, élu au suffrage universel direct, nomme lui-même ses ministres –, il pèsera sur les alliances que les partis devront nouer en vue de la prochaine élection présidentielle, prévue en 2028. Le système politique chypriote étant très personnalisé autour de la figure présidentielle, la recomposition du Parlement pourrait modifier les équilibres et les stratégies d’alliance.
Le chef de l’État, Nikos Christodoulides, dont le mandat court jusqu’en 2028, observe avec attention ce scrutin qui pourrait redessiner les rapports de force en vue de sa propre succession. L’affaiblissement des grands partis et la montée des formations antisystème, notamment d’extrême droite, pourraient compliquer la construction de majorités stables et favoriser la fragmentation politique.
Alors que le taux d’abstention devrait être élevé, comme c’est souvent le cas à Chypre, ce dimanche s’annonce comme un tournant pour la démocratie chypriote. Les résultats définitifs sont attendus dans la soirée.