Les chauffeurs travaillant pour des applications comme Uber et Lyft se sont dotés d'un syndicat officiellement reconnu dans le Massachusetts. L'organisation, baptisée App Drivers Union, a annoncé lundi 25 mai 2026 qu'elle devenait le premier syndicat du pays à obtenir une certification formelle pour représenter les chauffeurs de VTC. Elle représente désormais près de 70 000 travailleurs dans l'État, qui peuvent collectivement négocier leurs conditions de travail.

Un droit obtenu par référendum

Cette avancée est le résultat direct d'une initiative de vote adoptée en novembre 2024. Les électeurs du Massachusetts avaient alors approuvé à 54 % une mesure autorisant les chauffeurs de VTC à se syndiquer et à négocier collectivement, sans pour autant leur accorder automatiquement une représentation syndicale. La certification de l'App Drivers Union concrétise ce mandat populaire.

Le chemin vers la certification

Pour obtenir la reconnaissance officielle, le syndicat a dû franchir plusieurs étapes définies par la législation de l'État. Il a d'abord déposé une pétition auprès du Département des relations de travail du Massachusetts, démontrant qu'au moins 5 % des chauffeurs le désignaient comme leur représentant. Ensuite, pour être certifié, le syndicat devait soit remporter un vote majoritaire des chauffeurs actifs, soit prouver qu'au moins 25 % d'entre eux le désignaient comme leur interlocuteur.

Le 15 mai, le Département des relations de travail a constaté que l'App Drivers Union avait recueilli la désignation d'au moins 32 % des chauffeurs actifs, dépassant ainsi le seuil des 25 %. Après un délai de sept jours, expiré le vendredi 22 mai à 17 heures, la certification est devenue définitive lundi, permettant au syndicat d'entamer des négociations.

Les priorités à la table des négociations

Les discussions avec Uber et Lyft devraient porter sur plusieurs sujets clés : la rémunération, la sécurité des conducteurs et les conditions de désactivation, c'est-à-dire la perte d'accès à l'application. Ces points sont au cœur des revendications des chauffeurs, qui dénoncent depuis des années une précarité et un manque de protections sociales.

Des réactions officielles

La gouverneure du Massachusetts, Maura Healey, a qualifié cette certification de « moment historique » dans un communiqué. « Les chauffeurs de VTC sont des membres essentiels de notre main-d'œuvre et de nos communautés, et ils méritent une véritable voix dans la définition de leurs salaires, avantages et conditions de travail », a-t-elle déclaré. Elle doit célébrer cette certification avec des dirigeants syndicaux au Capitole de l'État mardi.

Uber a indiqué dans un communiqué qu'elle travaillerait en étroite collaboration avec le syndicat, les chauffeurs et le gouvernement de l'État. « Ensemble, nous veillerons à ce que la flexibilité des chauffeurs et les avantages durement acquis restent le fondement de notre progrès, tout en respectant les normes les plus élevées en matière de sécurité, de sécurité des données, de transparence et de responsabilité publique », a déclaré l'entreprise.

Lyft a de son côté affirmé son engagement à « négocier de bonne foi », ajoutant : « Lyft réussit lorsque les chauffeurs réussissent, et nous continuerons à nous concentrer sur la réussite des chauffeurs tout en maintenant les VTC abordables et fiables pour tous ceux qui comptent sur eux. »

Un soutien syndical large

L'App Drivers Union est soutenu par plusieurs grandes centrales syndicales, dont le Service Employees International Union (Local 32BJ) et l'International Association of Machinists and Aerospace Workers, ce qui renforce sa légitimité et ses ressources.

Des initiatives similaires dans d'autres États

Le Massachusetts n'est pas le seul État américain où les chauffeurs de VTC tentent de s'organiser. Des initiatives similaires sont en cours ailleurs : en Californie, les chauffeurs ont officiellement obtenu le droit de se syndiquer en janvier de cette année, et dans l'Illinois, des conducteurs ont manifesté ce mois-ci devant le Capitole de l'État pour réclamer un droit à la négociation collective.

Cette première certification nationale pourrait créer un précédent et accélérer le mouvement de syndicalisation dans le secteur des VTC aux États-Unis, où le statut des travailleurs (salariés ou indépendants) reste un sujet de débat juridique et politique.