Les gestionnaires de réseau de transport allemands (TSO) passent à une nouvelle étape dans la gestion de la stabilité du réseau électrique. Ils ont lancé une procédure d’achat d’inertie, visant à sécuriser des capacités de stockage par batteries capables de fournir une inertie de synthèse via des contrats de long terme.
Cette initiative répond à un défi croissant : la part grandissante des énergies renouvelables, dont le solaire et l’éolien, réduit l’inertie naturelle du réseau, traditionnellement assurée par les masses tournantes des centrales conventionnelles (charbon, gaz, nucléaire). L’inertie est essentielle pour maintenir la fréquence du réseau stable en cas de perturbation, par exemple lors de la perte soudaine d’une centrale ou d’une ligne électrique. Sans elle, le risque de black-out augmente.
Les TSO allemands — qui couvrent l’ensemble du territoire — ont donc décidé de se tourner vers des solutions technologiques modernes : les batteries de stockage dites « grid-forming ». Contrairement aux batteries classiques qui se contentent de suivre le réseau (grid-following), ces systèmes sont capables de générer une tension et une fréquence stables par eux-mêmes, imitant en partie le comportement des alternateurs des centrales classiques. C’est cette capacité qui permet de fournir une « inertie de synthèse ».
Un modèle contractuel inédit
L’appel d’offres prévoit des contrats de long terme, une innovation importante dans le secteur. Jusqu’à présent, les services auxiliaires de stabilité (comme la régulation primaire de fréquence) étaient achetés sur des marchés très courts, souvent à la semaine ou au jour le jour. Avec ces contrats de long terme, les TSO souhaitent donner de la visibilité aux investisseurs et encourager le développement de projets de batteries à grande échelle, spécifiquement conçues pour fournir de l’inertie.
Les conditions précises de l’appel d’offres — volumes recherchés, durée des contrats, critères techniques — n’ont pas encore été détaillées publiquement par les TSO. L’initiative s’inscrit dans le cadre plus large de la transition énergétique allemande (Energiewende) et de la sortie programmée des énergies fossiles et du nucléaire.
Implications pour le marché du stockage et la transition énergétique
Cette démarche des TSO allemands est suivie de près par l’industrie du stockage d’énergie, en Europe et au-delà. Si elle réussit, elle pourrait servir de modèle pour d’autres pays confrontés aux mêmes défis de stabilité du réseau avec une forte pénétration de renouvelables. Le Royaume-Uni, l’Australie ou encore certains États américains expérimentent déjà des services d’inertie, mais l’Allemagne est l’un des premiers grands marchés à lancer un appel d’offres dédié avec des contrats de long terme.
Le développement de l’inertie de synthèse par batteries est considéré comme un maillon clé pour permettre d’atteindre des objectifs de 100 % d’électricité renouvelable. Sans elle, la fermeture des dernières centrales thermiques pourrait compromettre la fiabilité du réseau.
D’un point de vue économique, ces contrats de long terme offrent un modèle de revenu stable pour les opérateurs de batteries, qui peinent parfois à rentabiliser leurs installations uniquement avec les marchés de l’énergie et les services auxiliaires existants. L’inertie devient ainsi un nouveau produit marchand, susceptible d’attirer des investissements.
Prochaines étapes
Les TSO allemands devraient publier dans les prochains mois les détails techniques et les dates de l’appel d’offres. Les acteurs du secteur, fabricants de batteries, développeurs de projets et investisseurs, préparent déjà leurs offres. L’issue de cette procédure est attendue comme un test grandeur nature de la capacité des batteries à remplacer une fonction historique des centrales conventionnelles.