Dans le petit port de Port Sulphur, en Louisiane, Acy Cooper contemple son bateau, le Lacy Kay, amarré à la marina de Myrtle Grove. Ce chalutier de 31 pieds, construit en 1983, a longtemps été le navire amiral de sa flotte de trois embarcations. Mais aujourd'hui, Cooper l'utilise à peine pour la pêche. Il gagne désormais sa vie en transportant des travailleurs des plateformes pétrolières offshore, une reconversion imposée par la flambée des prix du gazole et l'effondrement des cours de la crevette.

Comme lui, les quelque 5 000 crevettiers encore en activité dans le golfe du Mexique traversent une crise sans précédent. Le prix du carburant, qui représente jusqu'à 40 % de leurs charges d'exploitation, a augmenté de près de 30 % en un an. Dans le même temps, les importations de crevettes d'élevage en provenance d'Asie et d'Amérique latine inondent le marché américain à des prix défiant toute concurrence, ce qui a fait chuter les revenus des pêcheurs locaux.

Une tradition menacée

Acy Cooper, 68 ans, a commencé la pêche à l'adolescence. Pendant plus de quarante ans, le Lacy Kay – nommé d'après le prénom de sa fille et le deuxième prénom de sa femme – a sillonné les eaux du golfe. Aujourd'hui, il explique qu'il ne peut plus couvrir ses frais. « Un voyage de pêche me coûte environ 1 500 dollars rien qu'en carburant, et je ne suis pas sûr de vendre ma cargaison à un prix qui me permette de rentrer dans mes frais », témoigne-t-il.

La flotte de crevettiers du golfe a diminué de moitié au cours de la dernière décennie. Certains pêcheurs ont vendu leurs permis, d'autres ont tout simplement abandonné. Ceux qui restent sont souvent des artisans qui transmettent leur savoir-faire de père en fils, mais la relève se fait rare.

L'appel au Congrès

Face à cette situation, les représentants de la profession se tournent vers Washington. Ils demandent au Congrès une aide d'urgence, sous forme de subventions au carburant ou de crédits d'impôt, afin de compenser la hausse des coûts énergétiques. Ils réclament également un renforcement des mesures antidumping pour lutter contre les importations de crevettes vendues à des prix inférieurs aux coûts de production, ce qui, selon eux, fausse la concurrence.

La question a été évoquée lors d'auditions au Sénat, mais aucune mesure concrète n'a encore été adoptée. Une coalition de pêcheurs et de transformateurs de fruits de mer a envoyé une lettre ouverte aux représentants de la Louisiane, du Mississippi, de l'Alabama, du Texas et de la Floride, les exhortant à agir.

Des conséquences économiques et culturelles

La disparition progressive des crevettiers du Golfe ne touche pas seulement l'économie locale : elle menace un mode de vie et une culture ancrés dans la région depuis des générations. Les criées se vident, les chantiers navals ferment, et les communautés côtières perdent leur identité.

Acy Cooper, lui, continue de se lever chaque matin. Mais il sait que son avenir ne se joue plus sur l'eau. « On ne peut pas lutter contre les importations et le prix du gazole en même temps, dit-il. Si le Congrès ne nous aide pas, je ne sais pas combien de temps on va tenir. »

En attendant, le Lacy Kay reste amarré au quai la plupart du temps. Et Cooper regarde la mer, en espérant que les vents politiques tourneront en faveur des pêcheurs du Golfe.