Un choc économique inégal entre les monarchies du Golfe

Trois mois après le début de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, les pays du golfe Persique ne sont plus les havres de paix pour les investisseurs étrangers qu’ils ont été durant les dernières décennies. Les missiles et les drones iraniens ont frappé les gratte-ciel de Dubaï, les touristes ont fui, les infrastructures énergétiques ont été attaquées, et les exportations d’hydrocarbures, principale source de revenus de ces États, sont devenues quasi impossibles via le détroit d’Ormuz. L’activité économique s’en ressent fortement.

Selon Stéphane Alby, économiste chez BNP Paribas, « le choc est général mais son amplitude est différente selon les pays ». Il précise que « le Qatar, le Koweït et Bahreïn sont plus touchés que les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et Oman car ils ne disposent pas d’alternatives au détroit d’Ormuz pour exporter leurs hydrocarbures ». Cette disparité s’explique par la géographie : les Émirats, notamment grâce au port de Fujairah, situé en dehors du détroit, peuvent contourner en partie le blocus de fait imposé par les opérations iraniennes. L’Arabie saoudite et Oman bénéficient également d’infrastructures portuaires alternatives ou d’oléoducs permettant de réduire leur dépendance à ce passage stratégique.

Des réserves de capital comme bouclier

Face à cette situation, les pétromonarchies disposent d’un atout majeur : leurs colossales réserves financières, accumulées pendant des décennies grâce aux revenus pétroliers. Ces « réserves de capital », comme les qualifient les analystes, leur permettent d’amortir le choc en puisant dans leurs fonds souverains ou en émettant de la dette sur les marchés internationaux, sans avoir à réduire drastiquement leurs dépenses publiques ou à dévaluer brutalement leurs monnaies.

Cependant, ces réserves ne sont pas infinies et la durée du conflit pose la question de leur soutenabilité. Les sorties de capitaux étrangers, qui se sont multipliées depuis le début des hostilités, accentuent la pression sur les économies locales. Les investisseurs, inquiets de l’instabilité sécuritaire, retirent leurs fonds, ce qui affaiblit les monnaies et renchérit le coût des importations.

Une dépendance accrue à une solution diplomatique

L’avenir économique des monarchies du Golfe dépend désormais plus que jamais de la recherche d’une solution durable avec la république islamique d’Iran. La « drôle de guerre » qui caractérise ce conflit – faite de frappes limitées, de menaces asymétriques et de négociations indirectes – laisse place à une incertitude permanente, préjudiciable à l’activité économique.

Les autorités locales tentent de limiter les dégâts en diversifiant leurs partenariats commerciaux et en renforçant leurs infrastructures logistiques, notamment portuaires. Le port de Fujairah, aux Émirats, est ainsi devenu un point stratégique pour contourner le détroit d’Ormuz, permettant de maintenir une partie des exportations. Mais ces solutions ne suffisent pas à compenser la chute de l’activité touristique, immobilière et financière, secteurs clés de l’économie post-pétrolière que les monarchies du Golfe s’efforçaient de développer.

Un avenir suspendu aux négociations

Les signaux diplomatiques restent contradictoires. Tandis que des discussions exploratoires se poursuivent entre les États-Unis et l’Iran, des informations divergentes circulent sur l’existence d’un projet d’accord, certains responsables américains rejetant ces allégations comme de « totales inventions ». Cette volatilité des perspectives entretient l’attentisme des investisseurs et freine toute reprise durable.

Pour les pétromonarchies, la priorité est claire : obtenir une désescalade du conflit afin de restaurer la confiance des marchés et de permettre un retour à la normale de leurs échanges économiques. En attendant, elles puisent dans leurs réserves et adaptent leur stratégie, conscientes que le temps joue contre elles si le conflit devait s’enliser.