Une nouvelle recherche anthropologique, parue en novembre 2024 dans une revue scientifique, s’intéresse aux Sentinelese, une tribu vivant sur l’île de North Sentinel, dans l’archipel indien des Andaman-et-Nicobar. Menée par les chercheurs Satyaki Paul, Anstice Justin et Sabatini Chatterjee, l’étude examine les contacts historiques avec cette population et préconise une approche de non-ingérence.
L’appellation « Sentinelese » provient du nom de l’île, attribué par les chercheurs et administrateurs ayant eu de brefs contacts, et non par la tribu elle-même. Les Sentinelese sont considérés comme les « maîtres de la terra incognita » : leur langue, leurs coutumes et leurs systèmes de savoirs traditionnels demeurent inconnus. Ils utilisent encore des outils de l’âge de pierre — arcs, flèches en métal, herminettes — et vivent exclusivement de chasse et de cueillette, dépendant entièrement de la nature pour leur subsistance. Cette relation intime avec l’environnement a façonné une culture distincte de celle de leurs voisins, les Jarawas, les Onges et les Grands Andamanais, qui ont développé leurs propres sous-cultures.
Depuis les premières expéditions coloniales, chercheurs et administrateurs ont tenté d’établir un contact avec les Sentinelese. Certaines missions, qualifiées d’expéditions de bonne volonté, ont abouti à des échanges amicaux : l’un des auteurs de l’étude, Anstice Justin, a participé à de telles rencontres. Cependant, la plupart des visiteurs ont essuyé des attitudes hostiles, les Sentinelese se montrant généralement méfiants, voire agressifs.
Après le tsunami de 2004 et les diverses missions qui ont suivi, la politique adoptée par les autorités indiennes a évolué vers une approche dite « mains éloignées, yeux ouverts ». Cette stratégie vise à observer la tribu à distance sans interférer dans son mode de vie. L’étude actuelle s’inscrit dans cette logique : elle explore les récits coloniaux et post-coloniaux des visites sur l’île, et souligne la nécessité de protéger l’isolement des Sentinelese, considéré comme essentiel à leur survie culturelle et physique.
Les auteurs rappellent que les Andaman-et-Nicobar comptent 572 îles, dont 38 habitées, et que 86 % de la superficie est classée en forêt protégée, avec 36 % réservée aux tribus. Les recherches anthropologiques, comme celles de Radcliffe-Brown au début du XXe siècle, ont déjà souligné les affinités et différences entre les groupes autochtones. Aujourd’hui, alors que certaines tribus ont disparu à cause des maladies ou de l’ethnocide, les Sentinelese restent une communauté non contactée, farouchement attachée à son autonomie.
L’étude conclut que la meilleure manière de comprendre et de respecter les Sentinelese est de maintenir une distance respectueuse, en évitant toute tentative de contact forcé. Elle offre ainsi une mise à jour précieuse des connaissances sur cette population unique, tout en plaidant pour une anthropologie non intrusive.