Le gouvernement américain franchit une étape inédite en proposant de remettre du plutonium issu d'anciennes ogives nucléaires à des entreprises privées afin de le transformer en combustible pour centrales électriques. Le département de l'Énergie a annoncé mardi avoir choisi cinq sociétés pour entamer des « négociations avancées » en vue d'obtenir une partie de ces matières fissiles.

Parmi les candidats retenus figurent Oklo, une entreprise californienne spécialisée dans les petits réacteurs nucléaires, et son partenaire européen Newcleo, qui développe des réacteurs avancés. Les deux sociétés estiment que l'utilisation de ce plutonium pourrait résoudre une pénurie imminente de combustible classique à base d'uranium, alors que de nombreux projets de nouveaux réacteurs peinent à s'approvisionner.

Un changement de stratégie majeur

Les États-Unis possèdent plus de cinquante tonnes de plutonium excédentaire hérité de la guerre froide. Jusqu'à présent, l'agence prévoyait de diluer la majeure partie de cette matière et de l'enfouir. Avec ce nouveau plan, Washington choisit une voie radicalement différente : confier ce matériau de qualité militaire à des start-up, une première dans l'histoire du pays.

« Le manque de combustible est l'un des principaux goulots d'étranglement pour l'expansion de l'énergie nucléaire aujourd'hui », a déclaré Jacob DeWitte, directeur général d'Oklo, dont la société conçoit un réacteur innovant fonctionnant au plutonium. « Cela nous aidera à mettre en service plus rapidement de nouvelles capacités nucléaires. »

Des craintes sur la prolifération

Ce projet suscite toutefois des réserves parmi les spécialistes du désarmement. Plusieurs experts en non-prolifération s'inquiètent des risques de détournement ou de vol de cette matière sensible, ainsi que de la création d'un précédent qui pourrait affaiblir les normes internationales. Ils rappellent que le plutonium de qualité militaire est suffisamment pur pour fabriquer une bombe atomique et que sa manipulation requiert des mesures de sécurité extrêmes.

Le département de l'Énergie n'a pas précisé les quantités exactes qui seront allouées ni le calendrier des premières livraisons. Les négociations devraient durer plusieurs mois avant la signature de contrats définitifs.

Un enjeu pour la transition énergétique

Dans un contexte de relance du nucléaire civil aux États-Unis, où plusieurs entreprises cherchent à déployer des réacteurs modulaires de petite taille, l'accès à une source de combustible disponible immédiatement apparaît comme un atout stratégique. Oklo et Newcleo affirment que le recyclage du plutonium excédentaire offre une solution plus rapide et moins coûteuse que la construction d'usines d'enrichissement d'uranium.

Ce dossier illustre les tensions entre les objectifs de non-prolifération et la volonté de dynamiser l'industrie nucléaire américaine. L'administration Trump mise sur cette approche pour contourner les difficultés d'approvisionnement et accélérer la construction de réacteurs, tout en se débarrassant d'un héritage militaire encombrant.