Dans le sud du Liban, des familles entières vivent sous la menace constante de l’armée israélienne, qui contrôle une zone surnommée la « ligne jaune ». Hussein Abdel al-El et son épouse, Um Alaa, tous deux septuagénaires, passent des heures terrés dans leur salle de bain, dans le noir, sans oser toucher leur téléphone de peur que la lueur de l’écran ne les trahisse. C’est en pleine nuit, vers une heure du matin, que les soldats israéliens ont investi la maison de leurs voisins.
« Nous ne pouvions pas bouger. Nous entendions les soldats crier, les portes claquer. Nous avions peur qu’ils viennent chez nous », raconte le couple. Dans la maison d’à côté, les militaires ont forcé les occupants à se mettre contre le mur, les mains attachées avec des attaches en plastique. Ils ont fouillé chaque pièce, interrogé les habitants, puis placé un sac noir sur la tête d’un berger, Qassem al-Qadari, avant de l’emmener pour interrogatoire dans une base militaire israélienne située de l’autre côté de la frontière.
Une occupation au jour le jour
Les habitants de ces villages libanais décrivent une vie rythmée par les raids nocturnes et les bombardements diurnes. « C’est comme en Cisjordanie », confie l’un d’eux, en référence aux territoires palestiniens occupés. Ici, l’armée israélienne patrouille librement, fouille les maisons, arrête des civils sans inculpation formelle. Les villageois vivent dans la peur permanente d’être les prochains sur la liste.
Les soldats israéliens ne se contentent pas d’opérations ponctuelles. Ils maintiennent une présence continue le long de la « ligne jaune », une zone tampon qu’ils contrôlent depuis plusieurs semaines. Les habitants sont soumis à des restrictions de mouvement, des couvre-feux implicites et des interrogatoires réguliers. Les plus jeunes sont parfois envoyés devant les postes de contrôle pour vérifier leur identité, sans motif apparent.
Des familles brisées
Le berger Qassem al-Qadari, emmené de force dans la base israélienne, n’est pas un cas isolé. Plusieurs hommes du village ont été arrêtés de la même manière, souvent sans que leur famille ne sache où ils se trouvent ni quand ils reviendront. Les femmes et les enfants restent seuls, sans protection, livrés à l’arbitraire militaire.
« Nous ne savons pas ce qu’ils lui ont fait. Nous avons peur pour sa vie », témoigne une proche de Qassem. Les arrestations sont souvent accompagnées de violences et d’humiliations, rapportent les villageois. Les soldats brisent les portes, renversent les meubles, confisquent les téléphones portables.
Un quotidien sans horizon
L’économie locale est asphyxiée. Les agriculteurs ne peuvent plus accéder à leurs champs situés près de la frontière. Les commerçants ne reçoivent plus de marchandises. Les enfants ont cessé d’aller à l’école, car les routes sont trop dangereuses. « Nous sommes prisonniers chez nous », résume un habitant.
Les villageois disent ne pas comprendre la logique de cette occupation. « Nous ne sommes pas des combattants. Nous sommes des civils, des familles. Pourquoi nous punir ? » La communauté internationale est accusée d’ignorer leur sort. Aucune force de maintien de la paix n’est présente dans cette zone pour protéger les populations.
Des appels à l’aide inentendus
Les autorités libanaises, débordées par la crise économique et politique, ne parviennent pas à protéger leurs citoyens. Les villageois ont lancé des appels aux médias et aux organisations humanitaires, mais les réponses sont rares. « Nous voulons juste qu’on nous laisse vivre en paix », implore Hussein Abdel al-El.
La « ligne jaune » israélienne s’étend sur plusieurs kilomètres à l’intérieur du territoire libanais. Officiellement présentée comme une mesure de sécurité, elle est vécue par les habitants comme une annexion de fait. Les comparaisons avec les territoires palestiniens occupés sont fréquentes dans les témoignages recueillis.
Un conflit sans fin
Ce nouveau front dans le conflit israélo-libanais s’inscrit dans une escalade régionale plus large. Depuis plusieurs mois, les échanges de tirs entre le Hezbollah et l’armée israélienne se sont intensifiés, provoquant des déplacements massifs de population des deux côtés de la frontière. Mais pour les villageois piégés dans la « ligne jaune », la guerre n’est pas une question de roquettes ou de drones : c’est la peur quotidienne d’entendre des bottes dans la nuit.