Une distinction entre deux formes d'attention

Les chercheurs en sciences cognitives distinguent généralement deux types d'attention visuelle : l'attention overt, qui se traduit par un mouvement explicite des yeux vers un objet ou une personne, et l'attention covert, qui survient sans aucun déplacement oculaire. Cette dernière permet à un individu de fixer un point tout en surveillant mentalement ce qui se passe dans son champ visuel périphérique, sans que son intérêt ne soit apparent pour autrui.

Une équipe de psychologues canadiens a voulu déterminer comment la beauté faciale interagit avec ces deux systèmes attentionnels. Leurs travaux viennent d'être publiés dans la revue Attention, Perception, & Psychophysics.

Un protocole expérimental ciblé

Effie J. Pereira, chercheuse à l’Université Queen’s (Canada), et Jelena Ristic, de l’Université McGill, ont conçu deux expériences en laboratoire. Dans la première, trente participants devaient fixer une croix blanche au centre d’un écran tout en étant exposés à des paires d’images flashées pendant un quart de seconde. Chaque paire comprenait un visage humain et un objet du quotidien (lampe, plante, etc.), appariés en luminosité et placés sur un fond identique. Les visages avaient été préévalués en attractivité par un groupe indépendant de volontaires.

Immédiatement après la disparition des images, une petite forme jaune (cercle ou carré) apparaissait à l’emplacement qu’occupait soit le visage, soit l’objet. Les participants devaient appuyer sur une touche du clavier pour identifier la forme le plus rapidement possible, sans bouger les yeux. Le temps de réponse servait d’indicateur de l’attention covert : si le cerveau traitait plus vite la cible placée à l’endroit d’un visage attirant, cela prouverait que l’attention périphérique avait été automatiquement orientée vers la beauté.

Des résultats contrastés

Les résultats montrent que les visages attirants captent bien le regard direct (attention overt), confirmant des observations antérieures. En revanche, ils ne parviennent pas à détourner l’attention périphérique : les temps de réponse des participants n’étaient pas significativement différents selon que la cible apparaissait à l’emplacement d’un visage plus ou moins beau ou d’un objet. Autrement dit, la beauté faciale mobilise l’attention explicite mais laisse intacte l’attention implicite.

Pour les auteurs, cette dissociation suggère que le déplacement des yeux vers un visage attirant relève d’une décision sociale consciente, tandis que la surveillance silencieuse de la périphérie fonctionne comme un système de collecte d’informations insensible à l’apparence physique.

Implications et perspectives

Ces travaux apportent un éclairage nouveau sur les mécanismes attentionnels liés aux visages. Alors que l’attractivité est souvent interprétée par le cerveau comme un signal de santé et de qualité génétique, elle n’influe pas sur les processus automatiques de l’attention périphérique. Les chercheurs estiment que cette distinction pourrait avoir des répercussions dans des domaines aussi variés que la publicité, la conception d’interfaces ou l’étude des troubles sociaux.

L’étude a été réalisée avec un nombre limité de participants et sur des images fixes en laboratoire. Des recherches futures devront confirmer ces résultats dans des contextes plus écologiques, par exemple avec des interactions réelles ou des présentations dynamiques.