Une présence omniprésente dans les archives

Lesley Groff a été pendant des années l’assistante exécutive de Jeffrey Epstein. Aujourd’hui, son nom est celui qui revient le plus fréquemment dans les milliers de pages de courriels et de documents judiciaires rendus publics après la mort du financier. Ces écrits dévoilent une employée dévouée, organisant l’emploi du temps, les déplacements et les relations de son patron, au point que certains messages la décrivent comme « le meilleur chef du monde ». Pourtant, Groff a toujours nié avoir eu connaissance des activités criminelles d’Epstein, notamment du trafic sexuel de mineures.

Une ignorance au cœur des interrogatoires

Interrogée par le FBI le 24 septembre 2021, Lesley Groff a expliqué avoir rencontré Epstein par l’intermédiaire d’un chasseur de têtes. Celui-ci lui avait présenté « un poste pour organiser la vie d’un homme », un « mondain de Manhattan » dont elle n’avait jamais entendu parler. Son avocat, Jonathan Whitcomb, a déclaré dans un courrier du 5 juin 2020 : « Elle ne savait pas. » Cette affirmation interroge, car la notion de complicité repose sur la connaissance. Être légalement complice suppose de savoir que l’on aide à commettre un crime. Sur le plan moral, le seuil est plus bas : savoir et ne rien faire suffit.

Un doute persistant sur ce qu’elle savait

Les enquêteurs et les observateurs se demandent comment une assistante si proche, chargée de gérer les aspects les plus intimes de la vie d’Epstein, a pu ignorer les allées et venues de jeunes filles ou les rendez-vous suspects. Les courriels évoquent des tâches quotidiennes allant de la réservation de vols à la commande de repas, mais aussi la gestion de relations avec des personnalités influentes. Aucun élément public ne prouve que Groff ait facilité les abus, mais son rôle central soulève la question de ce qu’elle savait ou aurait dû savoir.

Un témoignage clé dans le dossier

L’assistante figure au cœur de plusieurs procédures judiciaires. Son nom est cité dans des actions en justice intentées par des victimes présumées d’Epstein. Certaines d’entre elles estiment que Groff ne pouvait pas ne pas être au courant des agissements de son employeur. Le débat sur sa responsabilité, juridique et morale, reste ouvert, alors que l’enquête sur l’entourage d’Epstein se poursuit.

La mécanique du déni

Au-delà du cas particulier de Lesley Groff, son histoire illustre un mécanisme psychologique bien connu : celui de fermer les yeux, de refouler un savoir inconfortable pour continuer à vivre avec soi-même. Comme le rapporte l’enquête approfondie menée par un grand journal britannique, « j’ai décidé de ne pas laisser la connaissance de ce que j’ai vu ou entendu s’installer dans mon esprit ». Ce processus, décrit par l’auteur du récit, pourrait éclairer la position de Groff.

Conclusion

Lesley Groff reste une figure ambivalente de l’affaire Epstein : à la fois rouage essentiel de l’organisation du financier et témoin qui assure n’avoir rien su. Les documents continuent d’être examinés par la justice. Sa responsabilité, qu’elle soit pénale ou morale, n’a pas encore été tranchée définitivement.