Un livre sur cinq acheté en France l’est désormais sur le marché de l’occasion. Cette progression rapide des ventes de livres d’occasion, portée notamment par des plateformes généralistes comme Vinted, suscite l’inquiétude des acteurs traditionnels de la chaîne du livre.
Un marché en pleine expansion Les chiffres sont éloquents : alors que les ventes de livres neufs connaissent une érosion, le marché de l’occasion atteint des niveaux records. Selon les données communiquées par les professionnels du secteur, un ouvrage sur cinq est aujourd’hui acquis en seconde main. Ce basculement s’explique en grande partie par la facilité d’accès offerte par les grandes plateformes numériques. Des sites comme Vinted, initialement spécialisés dans la vêtement, ont étendu leur offre aux livres, créant un vaste marché de particuliers à particuliers. La croissance est particulièrement forte depuis la période de la pandémie de Covid-19, qui a accéléré les pratiques d’achat en ligne et de recherche de bonnes affaires.
Une fragilisation de toute la filière Pour les libraires indépendants et les auteurs, cette évolution est alarmante. « Le développement de l’occasion fragilise toute la chaîne de la création », alertent des représentants du secteur. Contrairement à la vente de livres neufs, les transactions d’occasion ne génèrent aucune rémunération pour les auteurs ni aucun profit pour les libraires. Chaque livre vendu de seconde main est un exemplaire qui ne sera pas acheté neuf, privant ainsi les créateurs de leurs droits d’auteur et les commerces spécialisés de leur chiffre d’affaires. Les libraires, qui étaient déjà confrontés à la concurrence des géants de la vente en ligne pour le neuf, voient leur modèle économique fragilisé par cette nouvelle concurrence.
Des enjeux économiques et culturels Au-delà de l’aspect économique, c’est la diversité et la vitalité de la création littéraire qui sont en jeu. Les auteurs, en particulier ceux qui publient chez de petits éditeurs ou qui écrivent des ouvrages à faible tirage, dépendent des ventes de leurs livres neufs pour vivre de leur métier. Si le marché de l’occasion capte une part toujours plus importante des achats, leur capacité à se consacrer à l’écriture s’amenuise. De plus, les libraires indépendants jouent un rôle essentiel dans la promotion des auteurs émergents et des titres moins médiatisés ; leur fragilisation pourrait réduire la diversité de l’offre disponible en librairie. Les grandes plateformes d’occasion, qui fonctionnent souvent avec des algorithmes, ne remplissent pas cette fonction de prescription culturelle.
Quelles réponses possibles ? Face à cette situation, des voix s’élèvent pour demander une régulation du marché de l’occasion numérique. Plusieurs pistes sont évoquées, sans qu’aucune n’ait encore été tranchée : la création d’une taxe sur les ventes de livres d’occasion, ou encore l’instauration d’un système de rémunération pour les auteurs sur ces transactions. Certains professionnels plaident pour un meilleur encadrement des plateformes, afin qu’elles contribuent au financement de la création. D’autres estiment qu’il revient aux pouvoirs publics de prendre des mesures pour préserver l’équilibre de la filière. Pour l’instant, aucune action concrète n’a été annoncée, mais le débat est désormais lancé au sein du monde du livre.