Le projet de loi d'urgence agricole, examiné à l'Assemblée nationale jusqu'au 29 mai 2026, est l'occasion d'un rapprochement notable entre la FNSEA, premier syndicat agricole français, et le Rassemblement national. Selon une enquête minutieuse, la majorité des amendements déposés par les députés RN dans le cadre de ce texte ont été fournis clés en main par la FNSEA et son syndicat proche, les Jeunes agriculteurs (JA).
Des amendements sur mesure pour le RN
Concrètement, le Rassemblement national a déposé 6 amendements issus des JA et 22 autres rédigés par la FNSEA, sur un total de 310 amendements examinés. Ces propositions visent à autoriser des pesticides par défaut, faciliter l'extension des mégabassines, ou encore affaiblir la protection des loups. Cette collaboration est inédite par son ampleur : auparavant, seulement 15 amendements du RN rédigés avec la FNSEA avaient été recensés depuis les élections législatives de 2024.
Julien Rouger, vice-président des JA, a confirmé ce nouveau phénomène : "Nous adressons des propositions d’amendements à l’ensemble des bords politiques, mais il est vrai que nous faisons le même constat : c’est la première fois que nous avons été aussi bien repris par le RN." Il y perçoit "un investissement plus marqué de leur part sur les questions agricoles à un an de l’élection présidentielle".
Un projet de loi qui répond aux demandes du syndicat majoritaire
Le projet de loi d'urgence agricole, composé de 23 articles, se veut une réponse à la colère d'une partie du monde agricole, notamment contre le traité de libre-échange du Mercosur, entré en vigueur le 1er mai 2026, et contre la gestion de la dermatose bovine. Le texte rogne sur plusieurs avancées environnementales, comme celles protégeant les captages d’eau, les zones humides ou limitant la construction de nouveaux bâtiments d’élevage.
La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, avait elle-même assumé le lien avec le syndicat : "Ce texte, vous l’avez appelé de vos vœux", a-t-elle déclaré le 2 avril 2026 devant les adhérents de la FNSEA.
Lobbying intense et flou sur l'origine des amendements
La FNSEA a dépensé près de 900 000 euros en 2025 pour ses actions de lobbying. Selon l'enquête, le syndicat a l'habitude d'envoyer aux députés des amendements prêts à être déposés avant l'examen d'un texte. Cette pratique, si elle n'est pas illégale, interroge sur la transparence des travaux parlementaires.
Ainsi, Hélène Laporte, élue RN du Tarn-et-Garonne, a notamment déposé 9 amendements rédigés par la FNSEA sans en indiquer l'origine. Le parti d'extrême droite semble avoir multiplié les emprunts aux propositions du syndicat majoritaire.
Autres lobbies sollicités
La FNSEA n'est pas la seule à avoir vu ses propositions reprises par le RN. De grandes industries françaises fournissent également des textes aux parlementaires du parti, comme Moët Hennessy (branche vins et spiritueux du groupe LVMH), Valhor (interprofession de la filière horticole), ou encore la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), présidée par Alexandre Bompard, PDG de Carrefour.
Un rapprochement qui confirme une tendance
Ce nouveau mode de collaboration marque un tournant. Historiquement proche de la droite traditionnelle, la FNSEA semble désormais courtiser le Rassemblement national, qui s'investit fortement sur les questions agricoles en vue de la prochaine élection présidentielle. Interrogée, la FNSEA n'a pas donné suite aux sollicitations.