Un an après son entrée en vigueur, le 13 juin 2025, la loi contre le narcotrafic portée par l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau et le ministre de la Justice Gérald Darmanin commence à produire des résultats sur le terrain. Ce texte, qui renforce les pouvoirs des préfets et facilite l’expulsion des trafiquants de leur logement social, a été adopté face à la montée des violences liées au trafic de stupéfiants.

Fermetures de commerces et interdictions de paraître

Parmi les principales innovations, la loi donne aux préfets la faculté de fermer des commerces servant de couverture au trafic. Selon les chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur en octobre 2025, 47 fermetures de commerces ont été effectuées et 52 étaient en cours d’instruction ou de contradictoire.

Une interdiction administrative de paraître sur les points de deal a également été créée. En octobre 2025, 33 interdictions de ce type avaient été prononcées, et une trentaine de condamnations pénales pour non-respect de cette mesure étaient déjà recensées. L’objectif est d’empêcher les trafiquants et leurs complices de revenir sur les lieux de vente après une intervention policière.

Expulsions de logements : près de 29 biens libérés

La loi permet aux préfets d’enjoindre les bailleurs sociaux et privés de résilier le bail d’occupants impliqués dans le trafic de stupéfiants. Sur une période d’environ un an, 338 injonctions de saisine du juge de l’expulsion ont été adressées à des bailleurs. Au total, 29 logements ont été libérés, selon des informations concordantes.

Cette disposition suscite parfois des tensions, comme en mai 2026 à Marseille, où la justice a refusé l’expulsion de familles liées au narcotrafic dans la cité de La Castellane. Les fils des familles concernées avaient été condamnés pour des faits de trafic, mais le juge a estimé que la mesure n’était pas proportionnée.

Un outil « attendu par les praticiens »

En septembre 2025, Philippe Court, préfet du Val-d’Oise, avait salué sur les ondes la mise en place de ces nouvelles prérogatives. « C’est un outil qui était attendu par les praticiens de la lutte contre la délinquance et contre le narcotrafic », avait-il déclaré, avant d’ajouter : « Cet outil dit aussi quelque chose, il dit que l’espace public appartient aux habitants et pas aux délinquants. »

Le texte s’inscrit dans une stratégie plus large de l’exécutif pour endiguer la progression du trafic de stupéfiants, qui alimente violences et règlements de comptes dans plusieurs grandes agglomérations françaises. Les premiers chiffres, bien que partiels, montrent une montée en puissance des procédures, mais des questions restent posées sur l’effectivité des expulsions et sur l’équilibre entre répression et droits des occupants.

Quelles suites ?

Le gouvernement devrait communiquer un bilan plus complet à l’occasion de l’anniversaire de la loi. Les associations de prévention et les élus locaux, de leur côté, appellent à accompagner ces mesures répressives par des actions sociales et éducatives pour traiter les causes profondes du trafic. Le débat sur l’efficacité réelle de ces nouveaux outils est donc loin d’être clos.