Sur la petite île de Barbuda, dans les Caraïbes, un conflit oppose des habitants à des promoteurs étrangers qui construisent des complexes hôteliers sur le littoral. Au centre de cette lutte, Miranda Beazer, ancienne propriétaire du Pink Sands Beach Bar, un lieu détruit par l'ouragan Irma en 2017. Depuis, elle affirme que des promoteurs ont démoli ce qui restait de son bar et occupent illégalement une partie de ses terres, ce qui a donné lieu à une bataille judiciaire.
Le système foncier de Barbuda est particulier : depuis la fin de l'esclavage en 1834, la terre appartient collectivement à la communauté. La loi foncière de 2007 (Barbuda Land Act) reconnaît que les citoyens peuvent occuper une parcelle via un bail, mais ils n'en sont pas propriétaires privés. Miranda Beazer possède un bail sur trente acres de littoral, mais elle n'a accès qu'à huit d'entre eux. Selon le Global Legal Action Network (GLAN), qui la soutient, le reste serait occupé par les promoteurs Murbee Resorts et Peace Love and Happiness (PLH). Ces deux sociétés ont nié toute occupation illégale dans des déclarations.
Un projet de luxe porté par des célébrités
À quelques kilomètres du terrain de Miranda Beazer, un autre projet suscite la controverse : The Beach Club Barbuda, un complexe de quatre cents acres développé par Paradise Found, dont font partie l'acteur Robert De Niro et le milliardaire australien James Packer. Il comprendra le Nobu Beach Inn, un hôtel de luxe de dix-sept villas, et vingt-cinq résidences en bord de mer. Le prix d'une parcelle sur ce site débuterait à sept millions de dollars (environ cinq millions deux cent mille livres sterling). Les habitants disent ne plus pouvoir accéder à la plage ni même la voir depuis la construction d'une route de contournement pour isoler le complexe.
Pour permettre ce projet, le gouvernement a adopté une loi spéciale en 2015, le Paradise Found Act, qui soustrait le complexe à l'application de la loi foncière de 2007. Des militants ont contesté cette loi devant la plus haute instance judiciaire du pays, le Comité judiciaire du Conseil privé au Royaume-Uni. En 2022, cette instance a donné raison au gouvernement d'Antigua-et-Barbuda, estimant que « les droits accordés aux seuls Barbudiens en raison de leur statut de Barbudiens ne constituent pas un intérêt ou un droit sur la propriété ». Paradise Found a déclaré que le projet a été développé conformément aux lois du pays.
La dernière bande de littoral accessible
Le terrain de Miranda Beazer est le dernier tronçon de la côte sud de Barbuda encore accessible aux habitants. Elle refuse de vendre aux promoteurs étrangers, affirmant vouloir conserver sa terre. John Mussington, président du Barbuda Council, le conseil local, estime que le projet Beach Club n'a été rendu possible qu'en contournant la loi de 2007. D'autres habitants, comme Jackie Frank, participent à la mobilisation, brandissant le drapeau barbudien sur les plages.
Cette situation n'est pas isolée dans les Caraïbes. Des plages autrefois publiques sont accaparées par des promoteurs étrangers qui construisent des complexes réservés aux touristes, profitant de l'absence de lois protégeant les habitants. La question de la propriété collective des terres et de la protection des communautés locales reste au cœur du débat.