La licorne française de l'intelligence artificielle générative Mistral AI pourrait bientôt se lancer dans la conception de ses propres puces électroniques. Cette perspective a été évoquée par son cofondateur et président, Arthur Mensch, lors de la conférence « AI Now Summit » qui s'est tenue à Paris.

Une stratégie d'indépendance

« Bien sûr, c'est intéressant », a déclaré Arthur Mensch en réponse à une question sur la conception de semi-conducteurs maison. Selon lui, une telle initiative permettrait de « réduire de manière significative le coût de déploiement des tokens », ces unités de données que les modèles d'IA traitent. Le dirigeant a toutefois nuancé ses propos : « Nous pourrions finir par développer nos propres puces, je pense que cela devrait arriver à un moment donné. Mais pour l'instant, nous comptons sur Nvidia, qui est un excellent partenaire pour nous. » Il a également reconnu que des tests étaient en cours « ici et là ».

Cette annonce s'inscrit dans la volonté affichée par Mistral AI de devenir un acteur « indépendant et “full stack” dans l'intelligence artificielle », c'est-à-dire de maîtriser tous les maillons, depuis le semi-conducteur jusqu'aux applications destinées aux entreprises, en passant par les centres de données et les grands modèles de langage (LLM).

Investissements dans les infrastructures

L'entreprise, fondée en 2023, a par ailleurs dévoilé la construction d'un nouveau centre de données aux Ulis, dans l'Essonne, équipé de puces Nvidia et spécialement conçu pour l'inférence, le processus d'exécution des modèles d'IA. Mistral AI a investi quatre milliards d'euros dans des centres de données en France et en Suède afin d'accroître sa capacité de calcul. « L'Europe est à la traîne en matière de développement d'infrastructures, et nous investissons donc pour combler ce retard », a justifié Arthur Mensch.

Le dirigeant a également souligné l'importance stratégique de l'IA pour le Vieux Continent, la comparant à l'électricité. Il a appelé l'Europe à ne pas devenir un « vassal des États-Unis », reprenant une expression qu'il avait employée lors d'une audition à l'Assemblée nationale quelques semaines plus tôt.

En parallèle, Mistral AI a présenté Vibe, une nouvelle plateforme d'IA agentique destinée aux entreprises, capable d'exécuter des tâches de manière autonome pour le compte des utilisateurs. La valorisation de la start-up est estimée à douze milliards d'euros.

Mistral AI n'est pas la seule entreprise du secteur à envisager de concevoir ses propres semi-conducteurs. Des géants comme Amazon explorent également cette voie, ce qui témoigne d'une tendance plus large vers l'intégration verticale dans l'industrie de l'intelligence artificielle.