La famille de Théo Sahna, un jeune homme de 28 ans mort en détention un mois après son incarcération, a saisi la justice pour obtenir la condamnation de l'État. L’action, révélée ce lundi, vise à établir la responsabilité de l’administration pénitentiaire dans ce décès, qu’elle estime lié à un défaut de prise en charge médicale.
Théo Sahna avait été écroué en décembre 2021 à la maison d’arrêt de Fresnes, dans le Val-de-Marne. Selon ses proches, il souffrait de pathologies préexistantes – notamment une hépatite C et des troubles psychiatriques – rapidement aggravées par les conditions de détention. « L'administration l'a regardé dépérir semaine après semaine », a déclaré l’un des membres de sa famille, citant un état de « dénutrition avancée » et une absence de soins adaptés malgré des demandes répétées.
Défaut de soins allégué
Le décès de Théo Sahna, survenu en janvier 2022, a depuis fait l’objet d’une enquête préliminaire. Les éléments recueillis par la famille et leurs avocats pointent un « manquement grave à l’obligation de soins » de la part de l’administration pénitentiaire. Selon le récit des proches, le détenu avait été vu dépérir sans que des mesures médicales conséquentes soient prises, malgré les signalements effectués auprès du personnel de la prison.
L’avocat de la famille a indiqué que la requête vise à faire reconnaître la « carence fautive » de l’État dans la protection de la santé des personnes détenues. « Il ne s’agit pas seulement d’un drame individuel, mais d’un dysfonctionnement systémique », a-t-il souligné, estimant que les conditions de détention à la prison de Fresnes – établissement connu pour sa vétusté et sa surpopulation – ont contribué à accélérer le décès.
Une procédure judiciaire en cours
La justice a été saisie d’une plainte contre X pour « homicide involontaire » et « non-assistance à personne en danger » quelques semaines après le décès. Parallèlement, la famille a engagé une action devant le tribunal administratif pour faire condamner l’État à réparer le préjudice moral et matériel subi. Cette double voie judiciaire vise à établir à la fois la responsabilité pénale individuelle – si des manquements personnels sont identifiés – et la responsabilité administrative de l’institution.
Selon les informations fournies par l’entourage du défunt, plusieurs témoignages de codétenus et d’agents pénitentiaires font état de l’aggravation rapide de l’état de santé de Théo Sahna. « Il avait perdu beaucoup de poids, il ne mangeait plus, et personne n’intervenait », a rapporté l’un d’eux. La direction de la prison de Fresnes n’a pas commenté l’affaire, renvoyant aux procédures en cours.
Contexte carcéral en question
Cette affaire relance le débat sur la prise en charge médicale dans les établissements pénitentiaires français, régulièrement pointée du doigt par les associations de défense des droits des détenus. Plusieurs rapports officiels récents – notamment du Contrôleur général des lieux de privation de liberté – ont souligné des « carences récurrentes » dans l’accès aux soins en prison, liées à la fois au manque de personnel soignant et à la surpopulation carcérale.
Le décès de Théo Sahna n’est pas un cas isolé. Selon les données du ministère de la Justice, une trentaine de détenus meurent chaque année en détention en France, dont une partie après une dégradation de leur état de santé non traitée à temps. Les familles de plusieurs d’entre eux ont engagé des actions similaires, avec des décisions de justice contrastées.
Une décision attendue
Le tribunal administratif de Paris, saisi de la requête, devra se prononcer sur la responsabilité de l’État dans les mois à venir. L’avocat de la famille a indiqué espérer une décision « exemplaire » qui enverrait un signal fort à l’administration pénitentiaire. « Ce n’est pas une demande d’argent, c’est une demande de reconnaissance du droit à la vie et à la dignité pour tous les détenus », a-t-il déclaré.
En attendant, la famille de Théo Sahna poursuit son combat pour faire la lumière sur les circonstances exactes du décès. Elle a lancé une campagne de sensibilisation sur les réseaux sociaux et multiplie les prises de parole publiques pour maintenir la pression sur les autorités.