La Russie a menacé de lancer une nouvelle vague de « frappes systématiques » contre Kiev, quelques jours après avoir mené l’une de ses plus importantes attaques sur la capitale ukrainienne depuis le début du conflit. Dans un communiqué, le ministère russe des Affaires étrangères a précisé que ces frappes viseraient des « centres de prise de décision et des postes de commandement », ainsi que des installations de fabrication de drones dans la ville.

Moscou a appelé les ressortissants étrangers et les diplomates à quitter Kiev « dès que possible » et a exhorté les citoyens à éviter les bâtiments administratifs et militaires. L’Ukraine a qualifié ces menaces de « rien d’autre qu’un chantage éhonté » et a demandé à ses alliés d’accroître la pression sur la Russie. Pour Kiev, cette mise en garde à l’égard du corps diplomatique étranger revient à « admettre que ses bombardements visent, entre autres, à intimider le corps diplomatique étranger ».

Frappes massives du week-end

Dans la nuit de samedi, des frappes russes de grande ampleur ont tué quatre personnes et blessé environ une centaine d’autres dans Kiev et dans d’autres régions, selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Moscou a justifié ces bombardements et les menaces de nouvelles frappes par ce qu’elle présente comme une attaque ukrainienne délibérée contre un dortoir d’étudiants dans la ville de Starobilsk, vendredi. Les autorités russes affirment que 21 personnes ont été tuées dans cette attaque. De son côté, l’armée ukrainienne a indiqué avoir visé une unité d’élite de drones russes dans cette zone de l’est de l’Ukraine occupée par la Russie, sans avoir ciblé des civils.

Depuis l’expiration d’une brève trêve qui coïncidait avec le défilé annuel du Jour de la Victoire à Moscou, au début du mois de mai, la Russie a lancé plusieurs vagues d’attaques meurtrières de missiles et de drones sur Kiev. Peu après, des frappes russes sur la capitale ont tué 24 personnes, dont trois enfants, dans un immeuble. Quelques jours plus tard, les autorités russes ont annoncé que trois personnes avaient été tuées dans une attaque ukrainienne de grande ampleur sur la région de Moscou, Zelensky qualifiant ces frappes de « réponse entièrement justifiée » aux attaques russes.

Kiev a ensuite subi l’un des plus grands assauts aériens de la guerre, dans la nuit de samedi. Des vidéos postées sur les réseaux sociaux montraient des explosions illuminant le ciel nocturne, et de nombreux habitants de Kiev ont rapporté des détonations secouant la ville, tandis que de nombreuses cibles civiles étaient touchées. La Russie a utilisé des dizaines de missiles balistiques et de croisière ainsi que des centaines de drones pour frapper la capitale, et a également tiré un missile hypersonique Oreshnik, capable de transporter une charge nucléaire, sur la zone de Bila Tserkva, à 90 km au sud de Kiev.

Des cibles non militaires, comme le musée de Tchernobyl dans le quartier historique de Kiev et le Musée national d’art d’Ukraine, ont été endommagées ou détruites. Un centre commercial, un marché et plusieurs bâtiments résidentiels dans le secteur de Lukanivka ont également été détruits.

Appel téléphonique Lavrov-Rubio

Lundi soir, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a exhorté le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, à évacuer les diplomates américains de Kiev, lors d’un entretien téléphonique, selon le ministère russe. Après cet appel, Rubio a déclaré que les frappes majeures, qu’elles viennent de l’Ukraine ou de la Russie, sont « un rappel de la raison pour laquelle cette guerre est terrible » et « elle doit prendre fin ». Il a ajouté : « Les États-Unis sont prêts et disposés à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour contribuer à mettre fin à cette guerre et, espérons-le, l’occasion se présentera à un moment donné. »

Interprétation des menaces

De nombreux observateurs interprètent la menace russe d’exiger le départ des étrangers de Kiev comme une forme de pression psychologique. La Russie mène déjà des frappes à grande échelle sur la capitale, et ce depuis le début de son invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022. Mais quatre ans et demi de guerre ont appris à l’Ukraine à développer et à renforcer un système de défense aérienne sophistiqué et à plusieurs niveaux. Celui-ci intercepte désormais une très grande proportion de drones et de missiles, même si la Russie les tire souvent en si grand nombre qu’ils submergent les défenses et que beaucoup passent à travers. L’Ukraine reste toutefois fortement dépendante des systèmes de défense aérienne étrangers pour intercepter les missiles. En mars, Zelensky a averti que son pays serait confronté à un déficit de ces armes en raison de la guerre entre les États-Unis et l’Iran.