Un défi d’ingénierie à l’échelle d’une carte de crédit
L’expert en électronique connu sous le pseudonyme Krauseler a relevé un défi que peu d’ingénieurs professionnels auraient osé entreprendre : fabriquer un véritable ordinateur aux dimensions exactes d’une carte bancaire, selon la norme ISO 7810 – 85 mm sur 54 mm, et surtout une épaisseur inférieure à un millimètre. Après plusieurs mois de travail, il a dévoilé le résultat, baptisé Muxcard. Les premiers retours sont impressionnants.
Sous la fine couche de Kapton se cache en réalité un microcontrôleur ESP32‑C3, un composant bien connu des amateurs de projets électroniques. Il intègre WiFi, Bluetooth et se programme avec l’environnement Arduino. Il ne s’agit donc pas d’un mini-PC sous Windows ou Linux, mais d’un système embarqué fonctionnant avec un firmware maison directement flashé sur la puce. Krauseler assume le terme « ordinateur » : une machine qui calcule et exécute du code en reste un, même si certains puristes pourraient contester. Pour preuve, Muxcard est capable de faire tourner le jeu vidéo DOOM – certes à seulement 0,7 image par seconde, mais la démonstration est techniquement réussie.
Le défi mécanique : souplesse et rigidité dos à dos
La difficulté majeure n’a pas été de trouver des composants assez fins – Krauseler note que ce fut la partie la plus simple – mais de gérer les contraintes mécaniques d’une carte aussi mince. À cette épaisseur, tout devient fragile : une pression localisée ou une légère torsion suffisent à rompre les soudures. Pour y remédier, l’inventeur a conçu des « îlots » rigides autour des puces et des zones de souplesse calculées ailleurs. La carte peut ainsi plier sans jamais exercer de contrainte sur les points sensibles.
Un circuit imprimé flexible fabriqué à la maison
L’aspect le plus remarquable du projet est la fabrication artisanale du circuit imprimé flexible (flexPCB). Plutôt que de commander une production industrielle et d’attendre des semaines, Krauseler a gravé lui-même son circuit à la maison. Il a utilisé un ruban de Kapton recouvert d’une feuille de cuivre laminée, puis une couche de photorésine. Pour insolater les pistes, il a détourné une imprimante 3D en machine de photolithographie. Enfin, il a fabriqué un pochoir pour la pâte à souder en empilant du film photorésine à usage unique. Le procédé rappelle la technique de réalisation de circuits imprimés au marqueur, mais poussé à un niveau de précision extrême.
La soudure des connecteurs et la faiblesse de la batterie
Le moment le plus délicat a été le branchement de l’écran. Les connecteurs standards étaient trop épais pour l’épaisseur visée, obligeant Krauseler à souder chaque fil à la main en retenant sa respiration, tant les points de soudure sont minuscules. Ce travail manuel de haute précision a exigé une patience et une dextérité hors du commun.
Le point faible actuel de Muxcard, selon son concepteur, reste la batterie. L’accumulateur LiPo ultra‑fin utilisé n’aime ni la chaleur, ni les chocs, et supporte mal d’être comprimé dans un portefeuille ou une poche. Des tests supplémentaires seront nécessaires pour évaluer sa résistance en usage quotidien.
Une prouesse technique plus qu’un produit commercial
Si la Muxcard n’est pas destinée à une production de masse – Krauseler a voulu avant tout repousser les limites du « fait‑maison » –, elle illustre le potentiel des microcontrôleurs modernes et des techniques de fabrication accessibles aux makers. Le projet démontre qu’il est possible de créer un ordinateur fonctionnel tenant dans une poche, à condition d’accepter des performances très modestes et une autonomie limitée. Pour les passionnés d’électronique, c’est une source d’inspiration qui prouve que l’ingéniosité peut souvent suppléer les ressources industrielles.