L'État de New York, longtemps considéré comme un pionnier dans la lutte contre le changement climatique, pourrait prochainement revoir en profondeur sa méthode d'évaluation de l'impact du méthane, un gaz à effet de serre particulièrement puissant. Une proposition de la gouverneure Kathy Hochul vise à modifier la loi climatique adoptée en 2019, en remplaçant l'indicateur actuel qui mesure le potentiel de réchauffement du méthane sur vingt ans par un indicateur sur cent ans.

Ce changement technique aurait des conséquences majeures sur la perception de la nocivité du méthane. Actuellement, la loi new-yorkaise utilise une métrique qui reflète le fait que le méthane peut piéger jusqu'à quatre-vingts fois plus de chaleur que le dioxyde de carbone sur une période de vingt ans. L'adoption d'un horizon de cent ans réduirait ce facteur à environ trente fois, diluant ainsi l'urgence des mesures de réduction.

Le méthane, un gaz au cycle de vie court mais intense

Contrairement au dioxyde de carbone, qui persiste dans l'atmosphère pendant des siècles, le méthane se dégrade rapidement : sa présence diminue de moitié après seulement douze ans. Cette caractéristique fait que son effet de réchauffement est particulièrement fort à court terme mais s'atténue avec le temps. Les scientifiques soulignent qu'il est donc crucial de mesurer son impact sur des intervalles courts pour ne pas sous-estimer sa contribution au réchauffement climatique immédiat.

La proposition de la gouverneure Hochul s'inscrit dans le cadre d'une révision plus large de la loi climatique de 2019, qui avait été saluée comme l'une des plus ambitieuses au monde. Le passage à une évaluation sur cent ans alignerait New York sur les pratiques de la plupart des autres États américains, mais de nombreux experts estiment que cette approche est dépassée et qu'elle ne tient pas compte des dernières données scientifiques sur l'urgence climatique.

Des conséquences potentielles sur les émissions

Si cette modification était adoptée, elle affaiblirait les objectifs de réduction des émissions de méthane, notamment celles provenant des fuites de gazoducs, des décharges et de l'agriculture (notamment les émissions digestives du bétail). Les groupes environnementaux redoutent que cela ne freine les investissements dans les technologies de détection et de capture du méthane, pourtant essentielles pour respecter les engagements climatiques à court terme.

La gouverneure a justifié sa proposition en affirmant qu'elle permettrait d'harmoniser la méthode de calcul avec celle utilisée par la grande majorité des États américains. Cependant, les opposants au changement estiment qu'il s'agit d'un recul déguisé, qui masque l'urgence d'agir sur un gaz dont le potentiel de réchauffement est immédiatement dangereux.

Le débat sur cette réforme intervient alors que les émissions mondiales de méthane continuent d'augmenter, et que les scientifiques appellent à une action rapide pour réduire ce gaz à effet de serre, considéré comme le levier le plus efficace pour freiner le réchauffement à court terme. La décision finale reviendra au législateur de l'État de New York, qui devra trancher entre la volonté d'harmonisation et l'impératif de rigueur climatique.