Un nouveau chapitre s'est ouvert vendredi dans les efforts diplomatiques pour mettre fin au conflit entre les États-Unis et l'Iran, sans pour autant aboutir à une issue immédiate. Le président Donald Trump a convoqué ses principaux conseillers au sein du Situation Room de la Maison-Blanche afin de prendre une « décision finale » concernant le projet d'accord négocié avec Téhéran. Pourtant, à l'issue de cette réunion, aucune annonce n'a été faite, illustrant les hésitations qui entourent ce dossier depuis plusieurs semaines.
Dans la foulée, les autorités iraniennes ont réaffirmé qu'aucun texte définitif n'avait été paraphé. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a déclaré à la télévision d'État que les échanges de messages se poursuivaient, mais que rien n'était encore conclu. Cette prise de position contredit les propos tenus plus tôt par le président américain, qui avait évoqué des concessions majeures de la part de Téhéran.
Les termes du compromis en gestation
Des responsables informés du contenu des négociations, qui se sont exprimés sous couvert d'anonymat en raison de la sensibilité du dossier, ont livré quelques éléments du projet. Celui-ci prévoirait la levée par l'Iran du blocus du détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le transport pétrolier et gazier. En échange, les opérations militaires conjointes américano-israéliennes contre l'Iran seraient interrompues. Les questions les plus épineuses, notamment l'avenir du programme nucléaire iranien, seraient renvoyées à des cycles de négociations ultérieurs.
Cette architecture, qui ne semble pas exiger de concessions immédiates et substantielles de la part de Téhéran, a suscité de vives critiques dans les rangs des faucons américains, y compris parmi certains sénateurs républicains. Ceux-ci dénoncent un accord qui risquerait de perpétuer le régime iranien sans régler le problème nucléaire.
Des réactions contrastées aux États-Unis et en Iran
Samedi, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, qui participait au Dialogue Shangri-La, une conférence sur la sécurité à Singapour, a tenté de relativiser l'imminence d'un accord. Il a indiqué que le président Trump lui avait demandé de souligner « combien il est patient pour s'assurer » que tout arrangement avec l'Iran soit un « excellent accord ». M. Hegseth a également repoussé les informations selon lesquelles l'armée américaine aurait épuisé une part importante de ses munitions durant le conflit, assurant que les stocks étaient plus que suffisants pour une éventuelle reprise des hostilités.
En Iran, le mécontentement gagne une partie de la population. Un ingénieur de 43 ans originaire de la province de Mazandaran, qui a requis l'anonymat par crainte de représailles, a confié son indifférence face à un possible accord. « Nous savons que même s'il y en a un, nous n'en tirerons aucun bénéfice », a-t-il déclaré. « Il servirait surtout à garantir la survie de la République islamique. »
Du côté des durs du régime, la contestation s'exprime aussi. L'ancien chef militaire Mohsen Rezaei, désormais conseiller de l'actuel guide suprême, Mojtaba Khamenei, a accusé Donald Trump de formuler des « exigences excessives » et de « trahir la diplomatie ».
Un contexte de guerre impopulaire
L'offensive américano-israélienne contre l'Iran, lancée fin février, avait été justifiée par la volonté de renverser le régime iranien. Trois mois plus tard, les dirigeants de Téhéran estiment avoir résisté avec succès à cette tentative. Les négociations, entamées après plusieurs semaines de combats, n'ont pas modifié la position publique de l'Iran sur des questions clés comme le nucléaire.
Ce conflit reste très impopulaire aux États-Unis, où la hausse des prix de l'essence alimente un mécontentement général. L'absence d'annonce après la réunion au Situation Room montre que l'administration Trump peine à trancher entre la perspective d'un accord négocié et la menace de nouvelles frappes.