Le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, est arrivé samedi dans l'est de la République démocratique du Congo, a indiqué l'agence onusienne. Sa visite cible la province de l'Ituri, foyer principal d'une épidémie d'Ebola qui s'intensifie depuis sa déclaration officielle le 15 mai.
Selon les dernières données communiquées par les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), la RDC a enregistré au moins 1 077 cas suspects de la maladie, un chiffre légèrement supérieur à d'autres évaluations qui font état de 1 028 cas suspects et 225 cas confirmés. Le bilan humain s'élève à au moins 246 décès, d'après la même source régionale. Les autorités sanitaires craignent que l'ampleur réelle de l'épidémie ne soit sous-estimée en raison des difficultés d'accès aux zones touchées.
Un variant sans traitement approuvé
La souche actuellement en circulation dans cette région est le variant Bundibugyo, pour lequel il n'existe à ce jour ni traitement ni vaccin homologué, ont précisé des responsables sanitaires. Cette caractéristique complique la réponse, alors que les précédentes épidémies en RDC avaient pu être combattues grâce à des vaccins et thérapies ciblant d'autres souches.
Outre l'Ituri, des cas ont été détectés dans les provinces voisines du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ainsi qu'en Ouganda voisin. Kampala a fermé sa frontière avec la RDC cette semaine après la confirmation d'au moins neuf cas et un décès dans la capitale ougandaise. La propagation transfrontalière alimente les inquiétudes des experts internationaux, même si l'OMS a estimé que le risque de propagation mondiale reste faible.
Des défis sécuritaires et financiers
La lutte contre l'épidémie se déroule dans un contexte particulièrement complexe. L'est de la RDC est en proie à des violences armées depuis trois décennies. Les affrontements entre les forces gouvernementales et la rébellion du M23, soutenue par le Rwanda, ont repris en 2022 et ont conduit à la conquête de vastes territoires par les insurgés, y compris des villes importantes du Nord et du Sud-Kivu. Bien qu'un accord de paix négocié par les États-Unis ait été conclu en 2025, les combats persistent.
Par ailleurs, la réponse sanitaire est entravée par des réductions de l'aide internationale. Les coupes budgétaires décidées par plusieurs donateurs ont affecté les capacités congolaises. L'OMS elle-même a vu ses ressources limitées après le retrait des États-Unis de l'organisation en janvier dernier, ce qui a réduit sa marge de manœuvre financière.
À Bunia, capitale de l'Ituri, Tedros Adhanom Ghebreyesus doit visiter un centre de traitement et rencontrer les autorités locales, le personnel soignant et les familles des victimes. Il s'entretiendra avec les communautés de la riposte mise en œuvre sur le terrain. Avant ce déplacement, il avait rencontré des responsables congolais à Kinshasa.
Une désinformation qui complique l'action
Les rumeurs et les informations erronées circulant dans la région ajoutent une difficulté supplémentaire aux équipes médicales. Les agents de santé doivent faire face à la méfiance d'une partie de la population, parfois réticente à se faire soigner ou à accepter les mesures de confinement. L'OMS et les autorités congolaises multiplient les campagnes d'information pour contrer ces discours et encourager la déclaration précoce des symptômes.
L'épidémie actuelle est qualifiée par les responsables sanitaires de troisième plus importante jamais enregistrée en RDC par le nombre de cas. La rapidité de sa progression interroge sur la capacité de la réponse internationale à s'adapter à une souche dépourvue de contre-mesures médicales spécifiques.