Les frappes américaines menées dans la nuit sur le territoire iranien, présentées comme une réponse à des provocations répétées, ont mis fin à une période de relative accalmie diplomatique. Téhéran a immédiatement dénoncé une « violation flagrante » du cessez-le-feu et promis des représailles, assurant « qu'aucun acte d'agression » ne restera « sans réponse ». Alors que les regards se tournent vers la capacité de riposte de l’Iran, une question économique centrale refait surface : où se trouvent les avoirs iraniens gelés à l’étranger et quel est leur sort dans ce nouveau contexte de tensions ?

Des fonds évalués entre 100 et 150 milliards de dollars

Les avoirs gelés de l’Iran représentent une manne considérable. Selon les estimations les plus récentes, le total des fonds iraniens bloqués à l’étranger se situerait entre 100 et 150 milliards de dollars. Cette somme inclut les réserves de change, les dépôts bancaires et les revenus pétroliers que l’Iran ne peut rapatrier librement en raison des sanctions économiques internationales, notamment américaines. Téhéran réclame depuis des années l’accès à ces ressources, qu’il présente comme un droit légitime, tandis que les États-Unis et leurs alliés conditionnent tout dégel à des garanties sur le programme nucléaire et le soutien iranien à des groupes armés au Moyen-Orient.

La Corée du Sud, premier blocage

Le principal point de blocage se situe en Corée du Sud. Séoul détient environ 7 milliards de dollars d’avoirs iraniens, gelés depuis 2018, date du retrait américain de l’accord nucléaire de 2015 (JCPOA). Il s’agit pour l’essentiel du paiement de livraisons de pétrole iranien que la Corée du Sud a cessé d’importer sous la pression de Washington. Les fonds sont conservés en wons sud-coréens sur des comptes bancaires locaux, mais Séoul n’autorise aucun transfert sans l’aval des États-Unis. Des discussions exploratoires entre Téhéran et Séoul ont eu lieu ces derniers mois, mais le dossier sud-coréen reste gelé, malgré les demandes répétées de l’Iran.

Le Japon et le Luxembourg dans le viseur

D’autres pays sont également concernés. Le Japon détient des avoirs iraniens estimés à plusieurs centaines de millions de dollars, issus également d’importations pétrolières interrompues depuis les sanctions. Le Luxembourg, plaque tournante financière, abrite des fonds iraniens placés dans des banques européennes via des circuits complexes. Le montant exact détenu au Luxembourg n’est pas rendu public, mais des sources diplomatiques le chiffrent en centaines de millions d’euros. Téhéran cherche à récupérer ces sommes, mais les procédures judiciaires et les demandes de dérogation américaines compliquent chaque tentative.

Un levier diplomatique et un enjeu sécuritaire

Les avoirs gelés constituent un levier central dans les négociations entre les États-Unis et l’Iran. Toute restitution est conditionnée à des avancées sur le dossier nucléaire, mais aussi sur le comportement régional de l’Iran, notamment son soutien militaire au Hezbollah, aux Houthis et aux milices irakiennes. Les frappes américaines de la nuit dernière pourraient durcir la position de Téhéran, qui pourrait exiger un accès à ses fonds comme préalable à toute nouvelle discussion.

Du côté américain, l’administration insiste sur le fait que ces avoirs ne doivent pas servir à financer des actions hostiles. La question sécuritaire est donc double : pour les États-Unis, il s’agit d’empêcher que l’Iran utilise ces milliards pour contourner les sanctions ou financer des groupes armés ; pour l’Iran, il s’agit d’affirmer sa souveraineté économique et de contourner un étouffement financier qui frappe sa population.

Quel avenir pour ces fonds ?

À ce stade, aucun dégel n’est en vue. Les négociations indirectes entre Téhéran et Washington, souvent menées via des intermédiaires (Oman, Qatar, Suisse), continuent sans résultat concret. Les frappes de la nuit dernière ajoutent une couche de complexité. Il est peu probable que les États-Unis acceptent un quelconque transfert dans l’immédiat, tandis que l’Iran menace de riposter, ce qui risque de prolonger le statu quo. Les pays détenteurs, notamment la Corée du Sud, restent prudents, attendant des signaux clairs de Washington avant d’agir.

En attendant, les avoirs iraniens demeurent gelés, une situation qui pèse sur l’économie iranienne, mais qui constitue aussi un outil de pression majeur dans les relations internationales.