Un scénario de pénurie pétrolière se profile pour l’été si le détroit d’Ormuz, voie de transit majeure pour les hydrocarbures, ne retrouve pas un fonctionnement normal dans les prochaines semaines. Cette alerte émane de quatre institutions internationales, dont le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, qui jugent que la sécurité énergétique mondiale est exposée à « un risque accru ».
Les réserves mondiales de brut se contractent à un rythme soutenu, tandis que la demande saisonnière s’apprête à atteindre son maximum estival. La conjugaison de ces deux tendances pourrait créer un déséquilibre brutal si les flux transitant par le détroit d’Ormuz ne sont pas rétablis. Ce corridor stratégique, situé entre l’Iran et la péninsule arabique, voit passer chaque jour environ un cinquième du volume total de pétrole consommé dans le monde.
Depuis plusieurs semaines, la navigation dans cette zone est perturbée, ce qui a déjà fait grimper les prix du brut et contraint certains pays à puiser dans leurs stocks stratégiques. Les experts estiment que la situation pourrait devenir critique à partir du mois de juillet, lorsque la demande d’essence et de fioul augmente habituellement en raison des déplacements estivaux et de la climatisation.
Un consensus d’organisations internationales Outre le FMI et la Banque mondiale, deux autres grandes institutions multilatérales se sont jointes à la mise en garde. Leur rapport commun souligne que les stocks de pétrole disponibles à l’échelle planétaire sont tombés à un niveau « préoccupant », bien en dessous des moyennes historiques pour cette période de l’année. En cas de maintien du blocage du détroit, les réserves pourraient être insuffisantes pour couvrir la demande estivale, entraînant une flambée des prix et des difficultés d’approvisionnement pour de nombreux pays importateurs.
La fermeture de facto du passage réduit considérablement les volumes de brut disponibles sur le marché international. Les pays exportateurs du Golfe, qui empruntent habituellement cette route, doivent soit utiliser des itinéraires alternatifs plus longs et plus coûteux, soit réduire leur production, ce qui aggrave la pression sur l’offre.
Des conséquences économiques mondiales Les institutions financières craignent que cette éventuelle pénurie ne vienne frapper une économie mondiale encore convalescente. L’inflation énergétique pourrait repartir à la hausse, alourdissant les factures des consommateurs et des entreprises. Les pays émergents, qui dépendent fortement des importations de pétrole, seraient les plus exposés à une envolée des cours.
« La sécurité énergétique mondiale est aujourd’hui soumise à un niveau de risque que nous n’avions pas connu depuis plusieurs années », résument les auteurs du rapport, qui insistent sur l’urgence d’une solution diplomatique pour rétablir la libre circulation dans le détroit. Sans un retour à la normale avant l’été, les économistes prévoient un scénario de pénurie similaire à celui qui avait secoué les marchés lors des grands chocs pétroliers du passé.
Quelles solutions possibles ? Si la réouverture du détroit d’Ormuz demeure la condition première pour éviter la crise, d’autres leviers existent pour atténuer l’impact. Certains pays pourraient accélérer le déstockage de leurs réserves stratégiques, tandis que d’autres pourraient augmenter leur production en dehors de la zone de conflit. L’Agence internationale de l’énergie pourrait également coordonner une action collective pour libérer des volumes supplémentaires sur le marché.
Ces mesures seraient toutefois insuffisantes pour compenser totalement l’arrêt du transit par Ormuz si la situation perdurait. Les institutions appellent donc les acteurs régionaux et internationaux à tout mettre en œuvre pour lever les obstacles à la navigation dans ce détroit, seul moyen de garantir un approvisionnement stable pendant les mois d’été.