La lecture des grands classiques de la littérature mondiale peut parfois tourner court. Plusieurs lecteurs ont partagé leurs expériences, parfois cocasses, d’abandon face à des ouvrages réputés pour leur longueur ou leur complexité.
L’épreuve de Proust en version originale
Ian Arnott, qui fut étudiant de français dans les années 1970, raconte avoir tenté de lire À la recherche du temps perdu de Marcel Proust dans le texte original. Il a jeté l’éponge après le premier volume. La seule personne qu’il a connue ayant lu l’intégrale en français était l’un de ses professeurs, qui lui confia s’y être attelé pour tromper l’ennui durant un long été passé alité avec une crise de goutte. « À chacun son goût, je suppose », commente M. Arnott.
Un épisode célèbre, et ensuite ?
Mike Bromberg n’a pas dépassé le premier volume non plus. Il souligne qu’il n’est sans doute pas un hasard si l’épisode tant cité des madeleines se trouve justement dans ce premier tome. « Se passe-t-il vraiment quelque chose de notable après ? », interroge-t-il, laissant entendre que la suite pourrait manquer d’événements marquants.
L’échec de « Ulysse » pour un grand-père débutant
Andrew Keeley rapporte une anecdote familiale. Son grand-père, veuf à près de 90 ans et vivant chez lui, n’avait jamais lu un livre de sa vie. Décidé à réparer cet « oubli », il se rend pour la première fois dans une bibliothèque. Pour choisir un roman, il se fie au nombre de prêts : l’ouvrage le plus emprunté lui paraît le plus digne d’intérêt. Il rentre avec Ulysse de James Joyce. Le lendemain, il rapporte le livre, n’ayant lu que la première page, et conclut qu’il n’avait finalement pas raté grand-chose. Il ne retourna jamais à la bibliothèque.
Le difficile défi des « tomes monumentaux »
Ces témoignages, recueillis dans des courriers émanant de lecteurs britanniques, illustrent un phénomène bien connu : l’appréhension que peuvent susciter les « pavés » littéraires. Les œuvres de Proust et Joyce, respectivement sept volumes pour À la recherche du temps perdu et près de 800 pages pour Ulysse, figurent parmi les plus intimidantes. La question du temps disponible, de la patience et du plaisir de lecture se pose avec acuité. Si certains y voient un défi intellectuel stimulant, d’autres préfèrent ne pas s’y engager ou s’arrêter en chemin.
Ces récits rappellent que la lecture n’est pas une compétition et que l’abandon d’un livre, même canonique, n’a rien de honteux. Il arrive simplement que le moment ne soit pas venu – ou jamais.
Cet article s’appuie sur des témoignages de lecteurs.