Le Premier ministre saisit la Cour d'appel

Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a annoncé que les peines prononcées contre trois garçons reconnus coupables du viol de deux adolescentes seraient soumises à la Cour d'appel. S'exprimant lors d'un déplacement dans l'East Sussex, il a qualifié l'affaire de « vraiment bouleversante » et estimé que « des questions se posent sur la sentence ». Les trois garçons, âgés de 13 et 14 ans au moment des faits, avaient été condamnés à des ordonnances de réinsertion juvénile et avaient quitté le tribunal sans être placés en détention, malgré dix condamnations pour viol à leur encontre.

Les faits : deux agressions distinctes

Les viols se sont produits dans la petite ville de Fordingbridge, dans le Hampshire. La première victime, alors âgée de 15 ans, a été violée à trois reprises dans un passage souterrain sous la rivière Avon en novembre 2024. Selon l'accusation, elle a été contrainte de se soumettre sous la menace d'être jetée dans la rivière, tandis que les agresseurs filmaient la scène. La seconde victime, âgée de 14 ans, a été abordée au terrain de loisirs de Fordingbridge en janvier 2025, puis violée à plusieurs reprises dans un champ voisin. L'un des garçons l'a poussée au sol, a utilisé un couteau pour couper ses vêtements et s'est imposé à elle. Les attaques ont été filmées et partagées en ligne. Un troisième garçon, alors âgé de 13 ans, a également été reconnu coupable pour sa participation à la seconde agression.

La décision du juge contestée

Lors du prononcé de la peine, le juge Nicholas Rowland, siégeant à la Crown Court de Southampton, avait souligné la gravité des crimes et le caractère particulièrement odieux de la captation vidéo. Il avait toutefois estimé : « Je dois éviter de criminaliser ces enfants inutilement et comprendre les effets de leur comportement pour favoriser leur réinsertion dans la société. » Il avait ajouté : « Aucun de vous n'a besoin d'aller en prison aujourd'hui. » Cette décision a suscité l'indignation des familles des victimes et un large débat public.

La réaction des victimes et de leurs proches

La famille de l'une des victimes s'est dite soulagée par le renvoi devant la Cour d'appel. Dans un communiqué, elle a déclaré : « Notre espoir est que la sentence initiale soit annulée et qu'une peine punitive adéquate soit prononcée. Nous espérons aussi que cela serve de message aux juges : que la peine corresponde au crime, sans excuse. » L'une des victimes, qui s'est exprimée anonymement, avait confié que la décision du juge avait été « comme un rocher en plein visage » et qu'elle donnait l'impression que « ce que les garçons ont fait n'était pas acceptable, mais acceptable aux yeux de la loi parce qu'ils étaient encore des enfants ».

La position du gouvernement

Le Procureur général, Lord Hermer, a justifié la saisine de la Cour d'appel en affirmant : « Il y a eu une énorme inquiétude et un vif intérêt du public pour cette affaire horrible. J'ai demandé à mes services de travailler d'urgence pour examiner cette décision rapidement et commencer à apporter une conclusion aux victimes et à leurs familles. » Il a également souligné « l'immense bravoure » des jeunes filles et dénoncé « une épidémie de violences contre les femmes et les filles dans ce pays ». Le gouvernement, a-t-il ajouté, n'hésitera pas à agir pour garantir la sécurité des femmes et des filles.

Le soutien de Gisèle Pelicot

La rescapée de viols française Gisèle Pelicot a salué la « force et le courage » de l'adolescente qui a parlé après l'agression. Interrogée lors du festival Hay au pays de Galles, elle s'est dite « profondément choquée que ces individus aient pu recouvrer leur liberté alors qu'en réalité les victimes souffrent tellement qu'elles ne pourront jamais guérir ».

La procédure de révision

Le renvoi des peines à la Cour d'appel est une procédure prévue par la loi anglaise. Toute personne peut estimer qu'une peine est trop clémente et saisir le Procureur général. Celui-ci, après avis de procureurs expérimentés, peut décider de déférer l'affaire à la Cour d'appel, où trois juges supérieurs examinent si la sentence était correcte ou « indûment indulgente ». Dans cette affaire, la décision du juge Rowland a été jugée potentiellement trop clémente, ce qui a conduit à ce renvoi. La Cour d'appel rendra son arrêt dans les prochaines semaines.