La société PostHog, éditrice d’une plateforme tout-en-un pour développeurs, a officialisé son projet d’entraîner des modèles d’intelligence artificielle (IA) à partir des données collectées sur ses clients. L’annonce, publiée le 27 mai 2026 par le directeur général James Hawkins, précise que ce changement sera effectif à partir du 29 juin 2026, avec un système d’opt-in par défaut pour la plupart des utilisateurs, à l’exception notable de ceux hébergés sur le cloud européen.
Une nouvelle étape pour l’IA maison
Depuis un an, PostHog a intégré plusieurs fonctionnalités basées sur l’IA, comme un assistant d’installation, un assistant produit (PostHog AI) et un outil de protocole de contexte de modèle (MCP). Selon James Hawkins, ces outils « sont extrêmement populaires, mais ils ne sont que le début ». L’entreprise ambitionne désormais de développer des produits « plus proactifs et autonomes », capables de « trouver des réponses et des solutions pour vous, d’agir en conséquence et de s’améliorer au fil du temps ». Cette vision est incarnée par PostHog Code, un nouvel outil actuellement en version bêta.
Deux objectifs principaux
Les modèles entraînés devraient servir à deux fins : d’une part, rendre les produits existants plus intelligents – notamment l’analyse de rejeu de session (session replay), qui détecte déjà des anomalies mais est jugée trop coûteuse et peu scalable ; d’autre part, créer des produits entièrement nouveaux comme les tests utilisateurs synthétiques, qui permettraient d’identifier les confusions potentielles ou les dysfonctionnements avant le déploiement en production, ou encore la prédiction des comportements utilisateurs pour suggérer des améliorations.
« Nos idées ici sont expérimentales. Il faudra des itérations pour apprendre à entraîner efficacement les modèles et déterminer quelles données sont réellement utiles », concède le dirigeant, tout en soulignant que jusqu’à présent, chaque ajout d’IA ayant simplifié ou renforcé le produit a rencontré le succès.
Des règles d’opt-out différenciées
PostHog met en avant sa volonté de transparence. Contrairement à la plupart des entreprises qui « enterreraient ce changement dans une mise à jour des conditions générales trompeusement ennuyeuse », elle a choisi de détailler les modalités dans un billet de blog.
Concrètement :
- Les utilisateurs de l’instance cloud européenne (EU cloud) sont automatiquement exclus du programme (opt-out par défaut).
- Les clients ayant signé des accords empêchant l’entraînement (comme des accords de confidentialité BAA, des contrats de service MSA ou similaires) sont également exclus par défaut.
- Tous les autres utilisateurs de l’instance cloud américaine (US cloud) sont inclus par défaut (opt-in par défaut), mais peuvent à tout moment se désinscrire depuis les paramètres de leur organisation.
- Les données seront anonymisées avant usage.
- Seules les données déjà présentes dans l’instance PostHog du client seront utilisées.
- L’entraînement sera réalisé en interne : PostHog ne vendra ni n’enverra les données à des fournisseurs tiers de modèles.
- L’entraînement ne commencera pas avant le 29 juin, laissant aux clients un délai pour prendre leur décision.
Un choix justifié par la masse critique de données
Interrogé sur le choix d’un opt-out plutôt que d’un opt-in, James Hawkins répond sans détour : « parce que sinon nous n’aurions pas assez de données pour entraîner un modèle réellement utile ». Il précise que les fonctionnalités futures construites avec ces modèles ne seront pas accessibles aux clients qui auront choisi de se retirer, car elles dépendent directement des données d’entraînement. Les clients européens exclus par défaut peuvent toutefois demander à être inclus, sous réserve de leurs obligations contractuelles.
Des communications multiples
Pour informer ses clients, PostHog prévoit un envoi d’e-mails explicites, des notifications dans l’application, et une communication publique comme ce billet de blog. L’entreprise recrute par ailleurs des ingénieurs en recherche en IA pour mener à bien ce projet.
Cette annonce intervient dans un contexte où l’utilisation des données clients pour l’entraînement de modèles d’IA suscite des débats éthiques et réglementaires, notamment en Europe avec le Règlement général sur la protection des données (RGPD). La distinction opérée par PostHog entre ses instances cloud américaine et européenne semble refléter ces préoccupations juridiques.