Alors que les partis verts européens traversent une période de stagnation et de crise, un chercheur spécialiste de la politique du continent appelle ces formations à s’inspirer de l’audace et de l’ambition affichées par le parti vert britannique et son dirigeant Zack Polanski. Dans une analyse publiée récemment, Tarik Abou-Chadi, professeur de politique européenne à l’Université d’Oxford, soutient que pour inverser le « greenlash » – le mouvement de rejet des politiques climatiques observé dans plusieurs pays – les écologistes doivent adopter un ton plus strident et des propositions plus ambitieuses, tout en s’attaquant résolument aux inégalités économiques.
L’auteur rappelle qu’en 2019, les partis verts avaient connu un âge d’or, avec leur meilleur résultat aux élections européennes (74 sièges), des scores records en Suisse, en Belgique et en Autriche, puis une participation à des coalitions gouvernementales en Finlande, en Allemagne, en Irlande et en Autriche. Mais ce « green wave » a cédé la place à une vive opposition. Les Verts ont été évincés de presque toutes les coalitions gouvernementales et leurs résultats électoraux se sont effondrés dans plusieurs scrutins récents. Ce phénomène de « greenlash » traduit une lassitude ou une hostilité croissante envers les mesures environnementales, en particulier celles qui touchent au coût de la vie ou aux modes de vie.
Face à ce constat, Abou-Chadi pointe l’exemple du Royaume-Uni, où le parti vert, dirigé par Zack Polanski, a enregistré des performances électorales remarquables lors des élections générales de 2024 et lors d’élections partielles récentes. Selon lui, ce succès tient à une ligne politique claire : les Verts britanniques n’ont pas cherché à modérer leurs positions sur le climat, mais les ont au contraire couplées à une critique forte des inégalités et à une proposition de transformation du système économique. L’auteur cite notamment la participation de Polanski à des rassemblements contre la haine, illustrant une forme d’engagement politique décomplexée et visible.
« Si les Verts européens veulent sortir de l’ornière, ils doivent être plus intransigeants et plus ambitieux, pas moins », écrit le professeur. Il estime que les électeurs progressistes ne se détournent pas des idées vertes en elles-mêmes, mais d’une « écologie punitive » qui semble menacer leur pouvoir d’achat sans offrir de perspective de justice sociale. Pour regagner la confiance, les partis écologistes doivent, selon lui, intégrer franchement la question des inégalités dans leur programme, proposer des mesures de redistribution et défendre des projets de transformation radicale – quitte à bousculer les équilibres politiques traditionnels.
L’analyse souligne également que le « greenlash » n’est pas une fatalité. Certains pays, comme la France ou les Pays-Bas, ont vu une résistance aux réformes climatiques, mais Abou-Chadi assure que des majorités restent favorables à l’action climatique, pour peu qu’elle soit perçue comme juste et efficace. L’enjeu pour les Verts est donc de renouer avec une parole politique forte, capable de fédérer au-delà de leur base électorale traditionnelle, sans renier leurs engagements.
En conclusion, le chercheur de l’Université d’Oxford estime que les partis verts européens ont tout à gagner à imiter l’audace de Zack Polanski : être offensifs sur les inégalités, ne pas reculer sur l’ambition climatique, et faire preuve d’une présence politique visible et courageuse. Seule cette combinaison, affirme-t-il, pourra endiguer le « greenlash » et reconstruire une dynamique favorable aux idées écologistes en Europe.