Une absence remarquée

Le Festival de Cannes, considéré comme la plus prestigieuse manifestation cinématographique du monde, débute le 12 mai sans la moindre superproduction issue des grands studios américains. L'édition 2026 mise sur les figures de proue du cinéma d'art et d'essai international : Pedro Almodóvar, Asghar Farhadi, Pawel Pawlikowski ou Cristian Mungiu figurent parmi les réalisateurs attendus en compétition. Aucun blockbuster américain ne foulera le tapis rouge, contrairement aux années précédentes où des films comme « Mission: Impossible – The Final Reckoning », « Top Gun: Maverick » et « Mad Max: Fury Road » avaient attiré les foules.

Cette désaffection n'est pas totale, car des films des États-Unis sont bien présents. En compétition, Ira Sachs présentera sa fantaisie musicale « The Man I Love », avec Rami Malek, et James Gray dévoilera « Paper Tiger », porté par Scarlett Johansson et Adam Driver. Hors compétition, John Travolta fera ses débuts de réalisateur avec « Propeller One-Way Night Coach », un projet passion autour de l'aviation, tandis qu'Andy Garcia réalisera et jouera dans le film criminel « Diamond ». Ce sont donc les blockbusters à gros budget des grands studios qui brillent par leur absence.

Les studios redoutent les risques des festivals

Le phénomène ne se limite pas à Cannes. La Berlinale, en février, avait déjà souffert de l'absence des majors hollywoodiennes, au grand dam des chasseurs de stars et de la presse people. La directrice de la Berlinale, Tricia Tuttle, a estimé que les grands studios américains se montrent de plus en plus réticents à lancer leurs films en festival, de crainte qu'un accueil négatif ou un cycle de presse délicat ne nuise à leurs recettes en salles plusieurs mois avant la sortie.

Tuttle a notamment évoqué l'édition 2024 de la Mostra de Venise, où Warner Bros. avait présenté « Joker : Folie à deux », la suite musicale du milliardaire succès « Joker ». Les critiques avaient été féroces. Le long-métrage n'a engrangé qu'environ 200 millions de dollars dans le monde, très en deçà des attentes et de son budget annoncé. De même, les critiques tièdes recueillies à Cannes pour « Indiana Jones et le Cadran de la destinée » pourraient avoir entamé les performances du film, en faisant, une fois ajustée l'inflation, l'épisode le plus faible de la franchise.

La politique, un terrain miné

Les considérations politiques influent également sur la décision des studios. Les grands festivals sont devenus des lieux de protestation et de débat. Les conférences de presse dérivent régulièrement vers des questions sur la bande de Gaza, Donald Trump ou l'Iran. À Berlin cette année, les tensions politiques ont parfois éclipsé la discussion sur les films eux-mêmes. Pour les studios hollywoodiens, le risque de voir leurs stars ou leurs projets entraînés dans des polémiques mondiales pourrait l'emporter sur l'avantage de bénéficier d'une vitrine prestigieuse en festival.

Les cinéastes d'auteur au premier plan

Sans les studios, Cannes renforce cette année son orientation vers le cinéma d'auteur international. Asghar Farhadi, deux fois oscarisé pour « Une séparation » et « Le Client », présente « Parallel Tales », un drame se déroulant à Paris avec Isabelle Huppert, Catherine Deneuve et Vincent Cassel. Pedro Almodóvar, toujours en quête de sa première Palme d'or, concourt avec « Bitter Christmas », un drame de Noël racontant l'histoire d'une femme abandonnée par son partenaire pendant la période des fêtes.

Pas de snobisme de Cannes

Contrairement à certaines hypothèses, il ne s'agit pas d'un rejet volontaire de la part du festival. La sélection cannoise reflète plutôt une évolution durable des stratégies de l'industrie hollywoodienne, qui préfère désormais contrôler ses calendriers de sortie et éviter les risques médiatiques inhérents aux avant-premières festivalières. L'absence de blockbusters américains sur la Croisette interroge l'avenir de la relation entre les studios et les festivals, traditionnellement vitrine privilégiée pour le lancement des grosses machines commerciales.