Déplacement forcé et frappes intensifiées

L’état-major israélien a ordonné, mardi 26 mai 2026, le déplacement forcé des habitants de Nabatieh, grande ville du sud du Liban. Cette décision s’inscrit dans un élargissement des opérations au-delà de la « ligne jaune » que l’armée israélienne avait fixée comme limite septentrionale de la zone tampon qu’elle cherche à établir. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a annoncé lundi l’intention de « broyer » le Hezbollah et affirmé que les frappes allaient être intensifiées. Son annonce a provoqué un exode massif depuis la banlieue sud de Beyrouth, où de nombreux déplacés étaient retournés depuis l’entrée en vigueur d’une trêve en avril.

Une ville au centre d’une stratégie

Nabatieh est située sur les hauteurs du fleuve Litani, à une dizaine de kilomètres de la frontière sud du Liban. Le Litani a longtemps constitué une ligne de démarcation dans les accords de cessez-le-feu, qui prévoyaient que le Hezbollah se retire au nord de ce fleuve. Mais la ville ne se distingue pas seulement par sa position géographique. Elle est le deuxième pôle urbain du sud libanais, un carrefour administratif et un moteur économique essentiel pour la région.

Pression sur la communauté chiite

Nabatieh est majoritairement peuplée de musulmans chiites, communauté dont le Hezbollah tire l’essentiel de son soutien. Des analystes expliquent que les frappes sur cette ville visent à « paralyser la communauté chiite » en détruisant ses infrastructures économiques. « L’un des plus grands moteurs économiques du sud, c’est Nabatieh », souligne Mohamad Bazzi, chercheur au sein de l’organisation DAWN. L’objectif serait de rendre le retour des habitants impossible et de briser leur quotidien afin de contraindre le Hezbollah à mettre fin aux hostilités.

Un symbole de la résistance

Nabatieh porte une charge historique forte. En 1983, lors de l’occupation israélienne du sud du Liban (1982-2000), une tentative de la brigade israélienne de traverser une procession religieuse chiite (l’Achoura) avait été repoussée par des dizaines de milliers de civils en colère. Pour Jad Dilati, analyste politique originaire de Nabatieh, « cet incident a été l’étincelle qui a radicalisé la population et nourri la croyance en la résistance armée pendant les dix-huit années suivantes ». Aujourd’hui encore, la ville incarne ce passé de résistance, ce qui en fait une cible symbolique pour l’armée israélienne.

Bilan humain et frappes sur les secouristes

Depuis l’intensification des opérations au Liban le 2 mars 2026, au moins 3 213 personnes ont été tuées, parmi lesquelles des paramédicaux et des civils. L’armée israélienne affirme ne viser que des cibles du Hezbollah. Pourtant, des frappes répétées ont touché des civils et des équipes de secours. Mercredi, la Défense civile libanaise a annoncé avoir secouru quinze civils coincés sous les décombres d’immeubles endommagés à Nabatieh. Localement, des médias rapportent que le cimetière de la ville a été directement touché par des frappes aériennes, et que le village voisin de Yohmor al-Shaqif a été visé à plusieurs reprises.

Répliques du Hezbollah

De son côté, le Hezbollah a revendiqué des tirs d’artillerie et de drones contre les forces israéliennes qui avançaient autour de la localité de Zawtar al-Sharqiya, dans le district de Nabatieh. Ces frappes n’ont pas empêché la poursuite de l’offensive israélienne, mais montrent que les combats restent intenses.

Violations du cessez-le-feu

Malgré l’annonce d’un nouveau cessez-le-feu par le président américain Donald Trump le 16 avril 2026, les échanges de tirs entre Israël et le Hezbollah n’ont jamais complètement cessé. L’armée israélienne a établi une zone tampon d’environ dix kilomètres de profondeur, dont la limite nord est matérialisée par ce qu’elle appelle la « ligne jaune ». L’offensive actuelle, qui dépasse cette ligne, constitue une violation supplémentaire de l’accord de trêve. La communauté internationale observe ces développements avec inquiétude, tandis que la population civile paie le prix le plus lourd.