L’Arabie saoudite, qui avait placé le sport au cœur de sa stratégie de diversification économique, opère un virage spectaculaire. Ces dernières semaines, plusieurs annonces ont mis fin à des années de dépenses colossales : arrêt du circuit de golf LIV, annulation du Masters de snooker d’Arabie saoudite, retrait du financement de la WTA, abandon des projets de Coupe du monde de rugby 2035 et des Jeux asiatiques d’hiver 2029. Le royaume semble mettre un coup d’arrêt à une politique qui lui avait valu à la fois une influence planétaire et des accusations de « sportswashing ».

Le retrait le plus emblématique : la fin de LIV Golf Fondé en 2021, LIV Golf était un circuit dissident soutenu par le Fonds d’investissement public saoudien (PIF). Il avait attiré des stars comme Jon Rahm et Brooks Koepka grâce à des salaires faramineux, provoquant une scission avec le PGA Tour. Mais le PIF a annoncé qu’il cessait de financer LIV, jugeant que « l’investissement substantiel » à long terme n’était « plus cohérent avec la phase actuelle de la stratégie d’investissement du PIF ». Le circuit risque de disparaître sans repreneur, et le sort des joueurs qui avaient rejoint LIV reste incertain.

Désinvestissements dans le football et autres sports En football, le PIF a cédé en avril 70 % des parts du club saoudien Al Hilal, présentant cette opération comme une « stratégie pour maximiser les rendements et redéployer les capitaux dans l’économie nationale ». En revanche, le royaume conserve Newcastle United, club de Premier League anglaise, et semble vouloir maintenir un certain niveau d’investissement avant la Coupe du monde 2034 qu’il doit accueillir. Les sports comme les arts martiaux mixtes (MMA) ne semblent pas menacés pour l’instant.

Plusieurs événements programmés dans le royaume ont été annulés : le Masters de snooker d’Arabie saoudite, deux ans après la signature d’un contrat de dix ans ; le tournoi de fin de saison de la WTA, dont le financement a été supprimé ; et les projets d’accueil de la Coupe du monde de rugby 2035 et des Jeux asiatiques d’hiver 2029.

Les raisons : économie et géopolitique Deux motifs expliquent ce revirement. Le premier est économique : le gouverneur du PIF, Yasir al-Rumayyan, a indiqué que le fonds « réexamine ses investissements et ses accords » et « réévalue ses priorités » en raison des retombées du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran au Moyen-Orient, ainsi que des rendements jugés trop faibles des placements sportifs. Dans un communiqué, le PIF a précisé que « la stratégie 2026-2030 marque une évolution naturelle, passant d’une phase de croissance rapide et d’accélération à une nouvelle phase de création de valeur durable, avec un accent renforcé sur la maximisation de l’impact, l’efficacité des investissements et les plus hauts standards de gouvernance, de transparence et d’excellence institutionnelle ».

Le second motif est politique : les investissements sportifs étaient accusés de servir à « blanchir » l’image du royaume, critiqué pour ses violations des droits humains. Ce retrait pourrait indiquer que cette stratégie n’a pas produit les retombées diplomatiques escomptées, ou que les priorités changent face aux tensions régionales.

Quel avenir pour la diplomatie sportive saoudienne ? Si le sport a été un outil majeur de la Vision 2030 pour diversifier l’économie et améliorer l’image du pays, le reflux actuel interroge sur la pérennité de cette approche. Le royaume conserve toutefois des atouts : il accueillera la Coupe du monde de football en 2034 et reste présent dans des sports comme le football via Newcastle United. Mais l’abandon de LIV Golf et la réduction des dépenses dans d’autres disciplines marquent une rupture nette. Les observateurs s’interrogent sur la capacité du royaume à maintenir son influence sportive tout en réduisant les budgets.