Un premier groupe d'environ 300 Ghanéens a été rapatrié d'Afrique du Sud vers le Ghana, mercredi 27 mai, dans le cadre d'une opération de rapatriement volontaire. Ces ressortissants, parmi lesquels des femmes et des enfants, ont embarqué à bord d'un vol depuis l'aéroport international OR Tambo de Johannesburg à destination d'Accra. Ils ont été accueillis à leur arrivée par le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa.

Contexte des protestations

Ce rapatriement fait suite à des semaines de protestations anti-immigration en Afrique du Sud. Des manifestants, organisés par un mouvement citoyen nommé March and March, accusent les migrants sans papiers de peser sur les services publics et de contribuer à la criminalité et au chômage. Le groupe a fixé au 30 juin une échéance pour le départ des étrangers en situation irrégulière, ce qui a accru les craintes de violences. Les autorités sud-africaines ont condamné les actes criminels visant les étrangers, tout en reconnaissant la nécessité de lutter contre l'immigration illégale. Des cas de harcèlement, de pertes d'emploi et de violences ont été signalés.

Témoignages de rapatriés

Plusieurs passagers du vol ont expliqué leur départ par un sentiment d'insécurité grandissant. Rudolph, un coiffeur ayant vécu dix ans en Afrique du Sud, a déclaré aux médias : « Il n'est plus confortable pour nous de rester ici, alors nous devons partir. Je pense que nous trouverons la paix chez nous. » Il a ajouté que les manifestations, parties de Durban, s'étaient étendues à d'autres provinces, laissant craindre « quelque chose de grave ». Un autre rapatrié, Victor Atsu Togbe, a remercié le gouvernement ghanéen de les avoir « sortis de la gueule du lion ». Un troisième a confié : « Être dans le pays de quelqu'un d'autre et être dérangé tout le temps, ce n'est pas facile. »

Détails de l'opération de rapatriement

Les autorités ghanéennes ont indiqué que près de 800 citoyens s'étaient enregistrés pour être rapatriés. Ce premier vol en transportait environ 300 ; les autres doivent partir ultérieurement. L'ambassade du Ghana en Afrique du Sud a affrété des bus pour conduire les passagers à l'aéroport. Selon l'autorité sud-africaine de gestion des frontières, environ 90 % des voyageurs de ce vol étaient en situation irrégulière, la plupart ayant dépassé la durée de validité de leur visa de plus de trente jours, certains d'un an ou plus.

Réactions officielles

Le haut-commissaire du Ghana en Afrique du Sud, Benjamin Quashie, a justifié l'opération : « Le gouvernement ghanéen a écouté la détresse de ses citoyens en Afrique du Sud, qui sentaient que leurs vies étaient en danger, que leur activité économique était à l'arrêt, qu'ils n'étaient pas les bienvenus. » Il a également critiqué les retards administratifs sud-africains dans le renouvellement des permis de séjour. Le ministre des Affaires étrangères Samuel Okudzeto Ablakwa a déclaré aux arrivants : « Partout où se trouvent des Ghanéens, nous veillerons à ce que vous soyez protégés. »

Enjeux et perspectives

Le Ghana a mis en place une stratégie de réintégration pour les rapatriés, visant à les aider à recréer une activité économique similaire à celle qu'ils avaient en Afrique du Sud. Benjamin Quashie a souligné que ces départs visaient à apaiser les tensions tout en préservant les liens diplomatiques entre les deux pays. Certains analystes estiment que la résurgence du sentiment anti-migrants en Afrique du Sud pourrait être liée aux élections locales prévues en novembre. Le pays a connu des violences xénophobes meurtrières par le passé : au moins douze personnes avaient été tuées en 2019 et soixante-deux étrangers en 2008. Cependant, les organisateurs des récentes manifestations affirment qu'elles se sont déroulées pacifiquement. Le gouvernement sud-africain a condamné les actes criminels contre les étrangers et promis de réprimer les attaques xénophobes. Environ 25 000 Ghanéens vivraient en Afrique du Sud.