Des propos qui suscitent l’incompréhension

L’ancien président des États-Unis, Donald Trump, a tenu des propos qui ont provoqué une onde de choc dans la région des Caraïbes. Selon des propos rapportés, il aurait déclaré vouloir « prendre Cuba ». Cette formule brutale, qui évoque une logique d’annexion ou de conquête, a été accueillie avec un mélange de colère, d’incrédulité et d’amertume par les habitants de l’île.

Un documentariste, dont le travail a été mis en lumière, a interrogé des Cubains sur ce qu’ils souhaiteraient dire à Donald Trump. Les réponses, recueillies dans un contexte où l’île est confrontée à une grave crise économique, diplomatique et sociale, montrent un profond rejet de toute ingérence américaine, tout en exprimant des sentiments contrastés envers le peuple des États-Unis.

« Nous ne sommes pas une prise de guerre »

Les témoignages recueillis illustrent une fierté nationale blessée. Un habitant de La Havane s’exclame : « Nous ne sommes pas une prise de guerre. Ce n’est pas comme ça que l’on parle d’un pays souverain. » Un autre renchérit : « Il parle de nous comme si nous étions un objet. Nous avons notre propre histoire, notre propre culture, notre propre révolution. Nous n’avons pas besoin que des étrangers décident de notre avenir. »

L’évocation de la notion de « prendre Cuba » a réveillé des douleurs historiques : la guerre hispano-américaine de 1898, l’occupation militaire américaine qui a suivi, puis le soutien de Washington à la dictature de Fulgencio Batista avant la révolution de 1959. « Cela nous rappelle des temps sombres, où l’on ne décidait pas de notre destin », confie un enseignant retraité.

Un rejet unanime de la rhétorique trumpienne

Même parmi ceux qui critiquent le gouvernement cubain et le régime du Parti communiste, la déclaration de Donald Trump est jugée inacceptable. Un opposant politique interrogé explique : « Je suis en désaccord profond avec le gouvernement actuel, mais mon pays n’est pas à vendre. Personne n’a le droit de dire qu’il va “prendre Cuba”. Ce genre de langage est celui des colonisateurs, pas des alliés. »

Un jeune artiste, interrogé dans la rue, ironise : « Il parle comme s’il s’agissait d’un jeu vidéo ou d’une propriété immobilière. Il n’a aucune idée de ce que signifie la vie ici, de la résilience des Cubains. »

La crise économique comme toile de fond

Les entretiens se déroulent dans un contexte particulièrement difficile pour Cuba. L’île souffre d’une aggravation de la pénurie de biens de première nécessité, d’une inflation galopante, de coupures d’électricité et d’un exode massif de sa population. Les sanctions américaines, renforcées par l’administration Trump puis maintenues en grande partie par l’administration Biden, contribuent à étrangler l’économie cubaine.

Plusieurs personnes interrogées font le lien entre ces difficultés quotidiennes et les propos de Donald Trump. « Il voit notre misère et il pense qu’il peut en profiter, que nous serions prêts à nous vendre pour un morceau de pain », déplore une mère de famille. Un autre ajoute : « Il croit peut-être que, parce que nous souffrons, nous allons accueillir les Américains comme des libérateurs. Il se trompe lourdement. »

Une distinction entre le peuple américain et ses dirigeants

Malgré la colère contre la formule employée par Donald Trump, plusieurs témoignages font une distinction claire entre le gouvernement américain et le peuple des États-Unis. « Nous aimons le peuple américain. Nous avons de la famille là-bas, des amis, des musiciens, des artistes que nous admirons », confie un musicien. « Mais ce type de langage, cette arrogance, c’est insupportable. Cela ne vient pas du peuple américain, cela vient de certains politiciens. »

Un étudiant renchérit : « Les États-Unis ne sont pas leur président. Nous savons que beaucoup d’Américains sont solidaires de notre lutte. Mais des propos comme “prendre Cuba” nous rappellent qu’il y a toujours des gens au pouvoir qui voient notre île comme un pion sur un échiquier géopolitique. »

Vers une réaction officielle attendue

Au moment de la rédaction de ces lignes, les autorités cubaines n’ont pas encore formulé de réponse officielle aux déclarations de Donald Trump. Toutefois, les médias d’État ont largement relayé l’indignation populaire. Des analystes estiment que le gouvernement cubain pourrait utiliser ces propos pour renforcer le discours nationaliste et justifier un contrôle plus strict de la société face à une prétendue menace extérieure.

Cette polémique survient alors que les relations entre Washington et La Havane restent gelées, sans perspective de dialogue à court terme. Les entretiens réalisés par le documentariste montrent que, quelles que soient leurs opinions politiques, les Cubains sont unis dans le rejet d’une logique de domination étrangère. Comme le résume un agriculteur de la province de Pinar del Río : « Nous avons survécu à bien des tempêtes, à des blocus, à des crises. Nous survivrons aussi à ces paroles. Personne ne prend Cuba. Cuba est à ses enfants. »