Les débats du procès en appel de l'affaire dite « libyenne » se sont achevés mercredi devant la cour d'appel de Paris, après plusieurs semaines d'audiences. La défense de Nicolas Sarkozy, ancien chef de l'État, a consacré six heures de plaidoirie pour dénoncer ce qu'elle présente comme un « complot » ourdi contre son client. Les avocats ont plaidé l'acquittement pur et simple, estimant que l'accusation ne repose sur aucune preuve tangible.

Au terme des audiences, la cour a annoncé qu'elle mettrait sa décision en délibéré et rendrait son arrêt dans un délai de six mois, soit le 30 novembre prochain. Ce calendrier, conforme aux pratiques judiciaires pour des affaires aussi volumineuses et complexes, avait déjà été évoqué en début de procédure.

La thèse du « complot » au cœur de la stratégie de défense

Durant leur longue intervention, les conseils de Nicolas Sarkozy ont tenté de démontrer que l'ensemble du dossier d'accusation serait fondé sur des témoignages douteux et des documents fabriqués. Ils ont notamment mis en cause la crédibilité de plusieurs intermédiaires et anciens responsables libyens qui ont affirmé avoir remis des fonds en espèces à l'entourage du candidat Sarkozy en 2006-2007. Pour la défense, ces récits contradictoires et non corroborés constituent un « montage » destiné à nuire à l'ancien président.

« Nous avons assisté à un procès où la parole de certains a été prise pour argent comptant, sans aucune vérification sérieuse », a plaidé l'un des avocats, qui a requis que la justice « mette un terme à cette machine infernale ». La défense a également souligné que les enquêtes successives n'avaient jamais permis de retrouver la trace d'un quelconque transfert d'argent libyen vers les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy.

Accusation et réquisitions

L'accusation, de son côté, a maintenu ses griefs. Nicolas Sarkozy est poursuivi pour corruption passive, financement illégal de campagne électorale, association de malfaiteurs et recel de détournement de fonds publics libyens. Les faits présumés remontent à la période 2005-2007, durant laquelle l'ancien président aurait, selon l'acte d'accusation, conclu un pacte de corruption avec le régime du colonel Kadhafi : des financements occults en échange de la promotion des intérêts de la Libye sur la scène internationale.

Le parquet général avait requis, lors de son réquisitoire, une peine de sept ans de prison ferme, assortie d'une amende de 300 000 euros et de l'inéligibilité pour dix ans. Les réquisitions sont restées inchangées en appel.

Un dossier tentaculaire

Cette affaire, qui empoisonne la vie politique française depuis plus d'une décennie, est l'une des plus complexes jamais traitées par la justice hexagonale. Elle implique plusieurs anciens ministres et proches de Nicolas Sarkozy, ainsi que des intermédiaires franco-libanais et des figures du régime libyen. Le volet principal, qui concerne le financement présumé de la campagne présidentielle de 2007, a donné lieu à une instruction fleuve de plusieurs années.

En première instance, en 2024, Nicolas Sarkozy avait été condamné à quatre ans de prison, dont deux ferme, pour corruption et financement illégal de campagne. Il avait immédiatement fait appel. Le procès en appel, qui s'est ouvert en mars 2026, a permis d'entendre à nouveau de nombreux témoins, dont plusieurs anciens dignitaires libyens, certains ayant été auditionnés par visioconférence depuis Tripoli.

Les prochains mois

En attendant le délibéré, la défense a indiqué qu'elle préparait de nouvelles écritures pour étoffer ses arguments. Les avocats de Nicolas Sarkozy espèrent que la cour d'appel écartera la condamnation de première instance, qu'ils jugent politique et sans fondement. La décision, attendue pour le 30 novembre, pourrait donc soit confirmer la peine, soit l'infirmer, voire ordonner un supplément d'information.

D'ici là, l'ancien président reste libre sous contrôle judiciaire, sans obligation de port d'un bracelet électronique. Il a toujours nié en bloc toute participation à un quelconque pacte de corruption avec la Libye, dénonçant une « machination » pilotée selon lui par des adversaires politiques et des services étrangers.