Le procès d’un ancien employé de l’école maternelle Alphonse-Baudin s’est ouvert mardi 26 mai 2026 à Paris. L’homme, âgé de 36 ans et identifié dans les médias français comme David G. conformément aux règles de protection de l’identité, est accusé d’agressions sexuelles sur neuf enfants, dont certaines âgées de moins de 5 ans. Il comparaît également pour des faits d’agression ou de harcèlement sexuel visant deux collègues adultes.
À la barre, David G. a nié l’ensemble des charges. Il a déclaré : « Avec le recul, je réalise que j’aurais dû être plus prudent avec les enfants, garder mes distances, moins jouer avec eux et les prendre moins souvent sur mes genoux. » Il encourt jusqu’à dix ans d’emprisonnement et une amende de 150 000 euros. Le verdict est attendu le 7 juillet 2026.
L’affaire a éclaté après que plusieurs parents ont signalé des changements de comportement inquiétants chez leurs enfants à la direction de l’école, située dans un quartier central et huppé de la capitale. La directrice a alors alerté les autorités, ce qui a conduit à la suspension de l’employé en avril 2025, puis à son arrestation en juin de la même année, selon un communiqué du parquet de Paris. La direction de l’école et le ministère de l’Éducation nationale n’ont pas souhaité s’exprimer sur une procédure en cours.
Les témoignages des parents ont décrit des symptômes persistants chez les enfants : sautes d’humeur extrêmes, masturbation compulsive, troubles alimentaires, tendance à s’uriner ou à se souiller. « Ce fut un choc sismique pour toute notre famille », a confié une mère à l’audience. Si elle se dit rassurée par l’amélioration récente de sa fille, elle reste prudente : « Nous savons que les choses ne seront plus jamais comme avant. »
Un contexte de crise systémique
Ce procès est emblématique d’une crise plus large qui secoue le système périscolaire parisien depuis plusieurs mois. Plus de 70 employés non enseignants ont été suspendus ou licenciés depuis le début de l’année 2026 pour des accusations d’abus sexuels ou de mauvais traitements, dans environ 130 écoles, jardins d’enfants et crèches de la capitale.
Dans le système scolaire français, les enseignants sont recrutés par le ministère de l’Éducation nationale, tandis que le personnel non enseignant – chargé de la surveillance pendant la récréation, de la cantine et des activités périscolaires – est employé par la mairie de Paris. Or, une grande partie de ces employés sont embauchés sur des contrats courts, souvent insuffisamment formés et mal rémunérés. Lors d’une réunion publique avec des parents la semaine précédant le procès, le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a reconnu que sur les 13 000 employés périscolaires, 10 000 sont des travailleurs temporaires, ce qui complique la coordination et la surveillance.
La crise a pris une ampleur nationale en janvier 2026 après la diffusion d’un documentaire d’investigation télévisé. Tourné en caméra cachée dans l’école Saint-Dominique, également dans le centre de Paris, le reportage montrait des employés surveillant un nombre d’enfants supérieur à la réglementation, criant sur eux et, dans un cas, embrassant un enfant sur la bouche. À la suite de cette diffusion, des dizaines de familles ont déposé plainte pour viol, agression sexuelle et violence.
En novembre 2025, la mairie de Paris avait déjà annoncé des mesures d’urgence : renforcement des entretiens d’embauche par du personnel plus expérimenté, formation accrue, suspension automatique des encadrants signalés pour comportement inapproprié, et meilleure communication avec les familles. En avril 2026, Emmanuel Grégoire a déclaré au journal Le Monde que 78 employés avaient été suspendus depuis le début de l’année, dont 31 pour des allégations d’abus sexuels. Il a fait de ce dossier sa « priorité absolue » et débloqué 20 millions d’euros pour y faire face.
Le maire a également reconnu une « responsabilité collective » et un manque de communication entre les différents acteurs du système éducatif, « avec des équipes de direction locales qui travaillent parfois en circuit fermé ». « Dans beaucoup de ces affaires, mon sentiment est que s’il y a eu un échec collectif, c’est d’avoir traité ces incidents comme des cas isolés alors qu’ils reflètent un risque systémique », a-t-il ajouté.
L’affaire Saint-Dominique en toile de fond
Le scandale de l’école Saint-Dominique, le plus important à Paris par le nombre d’enfants et d’éducateurs impliqués, a connu un nouveau rebondissement la semaine précédant l’ouverture du procès de David G. Le parquet de Paris a annoncé l’arrestation de 16 employés de cette école et de deux établissements voisins, après avoir entendu 44 enfants. Deux d’entre eux ont été mis en examen pour des infractions sexuelles et placés en détention provisoire.
Les avocates des familles des victimes de David G., Rebecca Royer et Hannah Kopp, représentent six des neuf enfants agressés. Elles ont souligné que leurs clients avaient accepté la publicité du procès « pour que la société comprenne qu’il ne s’agit pas de cas isolés ». « Nous espérons que cette affaire marquera un tournant dans la protection de l’enfance », a déclaré Me Royer.
Le verdict est attendu dans un peu plus d’un mois, alors que la ville de Paris poursuit la mise en œuvre de son plan d’urgence pour restaurer la confiance des parents et assurer la sécurité des enfants dans les écoles de la capitale.