Le tribunal administratif impose une dérogation pour espèces protégées
Le 26 mai, le tribunal administratif de Marseille a jugé que la société d'aménagement touristique de La Grave (SATG), porteuse du projet de troisième tronçon de téléphérique sur le glacier de la Girose (Hautes-Alpes), doit déposer une demande de « dérogation à la destruction ou à la perturbation d'espèces protégées ». Cette décision, rendue publique le 27 mai, constitue un frein juridique significatif pour un équipement qui divise profondément la population locale depuis des années.
Dans son jugement, la juridiction a estimé que le futur téléphérique serait survolé par des gypaètes barbus, « y compris par des jeunes gypaétons inexpérimentés », et a pointé des risques de collision avec les câbles de l'appareil. Les juges ont considéré que les garanties de sécurité présentées par la SATG n'étaient pas « suffisamment caractérisées ».
Une décision qui « fissure le béton du T3 »
Pour Thierry Favre, membre du collectif d'opposants La Grave autrement, qui avait porté le recours, cette décision « fissure le béton du T3 ». Il a toutefois exprimé un regret : l'absence de prise en compte de l'androsace du Dauphiné, une fleur rare découverte par les naturalistes sur le site du futur chantier. « Elle a été considérée comme une nouvelle espèce et les juges ont estimé qu'elle ne faisait pas partie de la liste des espèces protégées », a-t-il déploré.
Vincent Neirinck, de l'association Mountain Wilderness, a souligné que le processus de dérogation prendra du temps : « Il faudra qu'elle démontre qu'il y a une raison impérative d'intérêt public majeur de porter atteinte à une espèce protégée pour l'obtenir. »
Un contexte politique et réglementaire défavorable
La délivrance de cette dérogation s'annonce d'autant plus délicate que le contexte politique a évolué. En 2023, le chef de l'État, Emmanuel Macron, avait promis de placer la totalité des glaciers français sous protection forte. Depuis, plusieurs textes ont été adoptés : des mesures de protection ont été inscrites dans la stratégie nationale bas carbone 3 ainsi que dans la stratégie nationale pour les aires protégées (Snap), à la suite d'une circulaire envoyée en février 2025 par la ministre de la Transition écologique de l'époque, Agnès Pannier-Runacher. Ces documents sont actuellement entre les mains des préfets et autres autorités compétentes, qui devront statuer sur une éventuelle demande de dérogation.
Les opposants au projet estiment qu'il sera difficile d'obtenir le label d'utilité publique nécessaire pour obtenir la dérogation, mais restent prudents : en février, le tribunal administratif de Marseille avait rejeté un précédent recours qu'ils avaient déposé contre le permis de construire.
Un projet source de tensions depuis des années
L'histoire de ce téléphérique divise le village de La Grave depuis plusieurs années. En 2023, des membres des Soulèvements de la Terre avaient installé une zone à défendre (zad) pour empêcher le lancement des travaux sur le glacier de la Girose, point d'arrivée du futur équipement. Depuis, le projet est à l'arrêt, et l'État a lancé une concertation publique réunissant habitants, socio-professionnels, commerçants et associations écologistes.
« L'enjeu est de travailler à l'avenir du territoire et de faire valoir ses atouts. Il faut mettre en valeur la montagne pas seulement pour les équipements qu'on installerait dessus », a commenté Vincent Neirinck.
Prochaines étapes
La SATG doit désormais déposer une demande de dérogation pour espèce protégée ou renoncer au projet. Si elle choisit de déposer cette demande, le processus pourrait prendre plusieurs mois, voire plus d'un an, compte tenu des expertises nécessaires et des consultations des autorités compétentes. La décision finale reviendra aux préfets, en tenant compte du cadre réglementaire récemment renforcé pour la protection des glaciers.