Dans un billet publié le 10 décembre 2025, un auteur écrivant sous le pseudonyme « cobbles » dresse un parallèle frappant entre les évangélistes de l’intelligence artificielle (IA) et le « type au bar » – ce dragueur qui ne respecte pas un refus. Le texte, intitulé AI and that Guy at the bar (« L’IA et ce type au bar »), explore la manière dont certaines communautés technologiques imposent l’usage de l’IA générative, au mépris des consentements et des relations humaines.

Un parallèle avec le harcèlement de séduction

L’auteur décrit un schéma répété : un ami ou un contributeur, enthousiaste pour l’IA, insiste après un refus, use de contre-arguments, de raisonnements apparemment logiques et parfois de « negging » (critiques déguisées pour déstabiliser). Ce comportement, dit l’auteur, est « un manque de respect » et une forme de manipulation. « C’est comme si tu disais non à un dragueur au bar, et qu’il continue à te harceler avec des arguments », écrit-il.

L’auteur rapporte une expérience personnelle : un ami, ayant rejoint une entreprise d’IA, a soumis une proposition de collaboration rédigée avec un modèle de langage (LLM). Après un refus et une demande de ne plus utiliser d’IA dans les communications, l’ami a continué à insister, employant des « techniques de manipulation ». Cette situation a conduit l’auteur à instaurer une « limite » que la relation n’avait jamais exigée auparavant.

L’IA comme violation de la confiance

Le billet cite plusieurs sources externes pour étayer les dégâts relationnels causés par l’IA. Il mentionne notamment des articles évoquant des « délusions spirituelles liées à l’IA détruisant les relations humaines », des « divorces provoqués par l’usage de chatbots » et un « effet de dégoût » dans le cadre de rencontres amoureuses. L’auteur affirme que l’utilisation d’un LLM pour rédiger des messages personnels équivaut à un « manque de respect » et à une « non-utilisation de sa propre voix, de ses véritables pensées ».

L’exemple d’une contribution de code massive

Le texte évoque un cas concret survenu sur le projet OCaml, un langage de programmation. Un contributeur a soumis une modification de 13 000 lignes de code, générée par un LLM « à titre d’expérience ». Malgré les demandes d’arrêt de la part des mainteneurs du projet, l’individu a persisté, justifiant son action. L’auteur y voit un nouveau parallèle avec le « type au bar » : refus de respecter les limites établies.

Des préoccupations environnementales et éthiques

L’auteur mentionne également le coût environnemental des modèles LLM, citant une source qui évoque une « addiction numérique coûteuse pour la planète ». Il dénonce l’exploitation des travailleurs chargés de « nettoyer » les données pour l’IA, ainsi que la « suppression délibérée d’emplois » engendrée par l’automatisation. « La crise existentielle que la “slop” (le contenu généré en vrac) provoque dans nos communications n’en vaut pas la peine », écrit-il.

Mise en place d’une politique IA

L’auteur indique qu’il est en train de rédiger une politique pour son projet open source, qui se résumera essentiellement à « merci, mais non ». Il précise que certains usages de l’IA peuvent être utiles (traductions automatiques, aides à l’accessibilité), mais que, pour les contributions de code, il exige que l’auteur comprenne et assume chaque ligne soumise.

Un appel au respect des limites

Le billet se conclut sur une note personnelle : l’auteur raconte avoir partagé un brouillon d’écriture avec un groupe d’amis. Un ami a alors réécrit son texte « pour l’améliorer » sans y être invité. Cette violation de confiance, dit-il, a brisé leur amitié et il ne l’a jamais pardonnée. Il établit un parallèle avec un article de Robert Kingett, écrivain non-voyant, qui décrivait la « colonisation de la confiance » par un « techbro » utilisant un LLM pour « améliorer » ses textes.

L’auteur appelle donc à ne pas être « ce type au bar ». Peu importe les raisons d’un refus, dit-il, « j’ai dit non. Respecte cela. »